aime le cinéma d’horreur, et plus particulièrement le gothique italien des
années 60 – Mario Bava, Antonio Margheretti, et la déesse d’ébène, Barbara
Steele – on ne peut s’empêcher de ressentir une fascination pour l’univers du
SM, dans sa version la plus théâtrale : les bourreaux masqués, les vierges
crucifiées, les « Mistress » gantées et bottées et bien sûr les sombres donjons
résonnant du claquement du fouet.
les fleurs les plus vénéneuses du jardin des supplices éclosent au Japon ne
surprendra pas les amateurs des chefs-d’œuvres eroguro de Teruo Ishii et Noburo
Tanaka, où les shoguns pervers remplaçaient avantageusement les inquisiteurs de
l’épouvante européenne.
Il
y a à Tokyo, à Nichome le quartier gay, un bar nommé Amarcord que l’on
traduirait de façon erronée, si l’on oubliait Fellini, par l’amour des cordes.
Alors que sur un écran géant passent des classiques du bondage japonais comme Hana to Hebi (fleurs et serpents – en France Fleur secrète) de Masaru
Konuma, on peut converser, en maintenant une stricte distance, avec des
créatures en vinyl luisant et aux talons aiguillés acérés. Et l’on peut parler
avec elles de la sensation particulière que produit le contact de certaines matières avec la peau. Ces bars sont
la partie quotidienne du SM japonais où chacun peut se rendre, qu’il soit
pratiquant ou juste curieux. La clientèle est formée de salarymen, de mangakas,
de cinéastes ou de musiciens, rien qui ne relève d’un code ou d’un milieu, rien
d’hautain ou revendiquant un mode de vie « underground ». Ce sont des gens
comme les autres, noctambules tout de même, dont le SM est une part de la vie
(même si seulement voyeuriste dans la plupart des cas). Si l’on veut aller plus
loin, il y évidemment d’autres clubs, plus sévères (le Donjon, juste au-dessus
de l’Amarcord et qui en est la version rouge et noire) où officient infirmières
et nonnes flagellatrices.
y aussi les versions SM des love hotels de Kabukicho et Maruyama. Natalie
Daoust, une jeune Canadienne s’est immergée pendant plusieurs mois à L’Alpha
In, le plus grand Love Hotel SM du Japon. Elle y a photographié 39 femmes de
tous les âges, dans leurs chambres/donjons privés, avec leurs accessoires. On pense
bien sûr à des cellules monacales devant ces espaces que Nathalie Daoust filme
toujours avec une certaine distance, comme un lieu que l’on observe sans
vraiment y rentrer. Un couvent, une maison de poupée également, où les maîtres
et les esclaves ne semblent pas faire partie de notre monde mais sont des
créatures de plastique et de tissus. Si les perruques et les postiches ne
brouillent leurs identités, les cagoules recouvrent parfois tout le corps, les
transformant en fantastiques Musidora ornementées et corsetées. Mais encore
plus, dans cet hôtel immense,
luxueux, baroque, lugubre, où des couloirs interminables succèdent aux
couloirs, silencieux… je
vois un opéra muet qui se joue avec des divas bâillonnées, suspendues,
contraintes…











