« Ningyo », la sirène japonaise et le samouraï zoologue

le Ningyo (1825) de Mauri Beien


Après avoir lu la géniale adaptation par Gou Tanabe du Cauchemar d’Innsmouth de Lovecraft, j’ai effectué des recherches sur la mythologie des créatures marines au Japon. Il s’agit peut-être d’une clé pour comprendre la popularité de Lovecraft au Japon, avec en outre de plus inquiétantes théories sur la pureté du sang et l’horreur des métissages.

J’y reviendrai dans un prochain billet. 

L’une de ces plus célèbres créatures est la sirène japonaise ou « ningyo » qui n’a aucun rapport avec la belle jeune fille d’Andersen et du port de Copenhague mais ressemble à un poisson simiesque. Le corps momifié de cet hybride repoussant était exhibé dans les side-shows de fêtes foraines au XIXe siècle, au Japon comme ailleurs. La « sirène des îles Fidji » était ainsi l’une des attractions du cirque Barnum. Il s’agissait en réalité d’un « misemono » ou phénomène truqué, car la sirène, de petite taille, était constituée du corps d’un singe, parfois recréé en papier mâché, et de la queue d’un saumon. Le résultat est aujourd’hui encore impressionnant et pourrait tout à fait évoquer les horribles créatures d’Innsmouth.

On la retrouve étrangement au milieu des crabes, des anémones de mer et des saumons des manuels de zoologie comme si elle était véritablement une habitante des fonds marins. 

En particulier celui de Mori Baien (1798–1851), le Baien Gyofu (littéralement « L’Atlas des poissons de Baien »). Baien est un de ces personnages attachants et inclassables de l’ére Edo. Il était à l’origine un samouraï de haut rang mais en cette période de paix, j’imagine qu’il n’a peut-être jamais combattu et était attaché à la garde personnelle du shogun, ce qui devait lui laisser pas mal de temps libre. Il le consacra à la culture d’un jardin de fleurs et plantes rares auquel fut attribué le titre de Sankaen (le jardin des fleurs rassemblées). Autant dire que notre ami Mori Baien était bien davantage un poète qu’un politicien ou un foudre de guerre. Seul l’intéressait faire pousser ses plantes mais aussi les dessiner. 


La beauté de ses planches fait de Baien l’un des artistes les plus délicats de son temps, même si, s’exprimant dans une discipline scientifique, son talent fut longtemps ignoré. Alors que ses pairs recopiaient des manuels chinois, Baien, qui exécutait ses dessins d’après nature, partait seuls avec ses encres et pigments, à la recherche des fleurs et des champignons, mais aussi des oiseaux.


S’il y a bien un jidaigeki qu’on aimerait voir un jour, ou pourquoi pas en dessin animé Ghibli, c’est une vie de Baien.

Du Mont Takao pour l’étude des végétaux et animaux forestiers, il passa ensuite à Hakone puis au col de Koboke, au mont Oyama, puis aux zones côtières d’Enoshima et Kamakura pour collecter des spécimens marins et des algues. 


Pour chaque créature ou plante trouvée, il appliquait un même protocole : observation du spécimen vivant, notation de la date exacte, géolocalisation précise de la capture et mesure des proportions réelles. Mais la finesse du trait est remarquable, de même que les teintes, dotant ses créatures d’une vie propre, tel ce chef-d’oeuvre représentant une tortue.


Il se voyait ainsi bien plus comme un scientifique que comme un artiste, ne cherchant ni la célébrité ni la publication.


Et les sirènes alors, les avait-il observées de ses propres yeux? Evidemment il n’en avait jamais vu nager dans l’océan Pacifique, mais uniquement sous leur forme momifiée exhibée dans les foires. C’est celles-ci qu’il peignit avec la finesse habituelle de son trait. L’inclusion de ce yokaï dans le très sérieux Baien Gyofu dénote bien comment le surnaturel faisait pleinement partie du quotidien des Japonais en ce temps-là.


A la vision des planches de Baien, on perçoit comment on
glisse imperceptiblement de la zoologie au fantastique.


Kuniyoshi Kaneko, troisième partie : Ephèbe, que ton règne vienne

 


Kuniyoshi Kaneko vénérait Jean Cocteau. Rien d’étonnant à ce qu’il ait cherché son Jean Marais ou plus modestement son Edouard Dermitt. Il le rencontre en 1992 à Osaka alors qu’il est de passage pour une exposition. Il remarque dans un bar du quartier de Soemoncho, un jeune homme au visage d’ange mais à la musculature avantageuse. Le garçon, qui se nomme Osamu est un ouvrier du bâtiment. Kaneko l’aborde en lui disant qu’il ressemble à Kintaro, l’enfant sauvage des montagnes à la peau rouge et à la force herculéenne, de la mythologie japonaise. 

Le martyre (1996)

Les deux hommes sympathisent et Osamu le suit jusqu’à son atelier d’Omori à Tokyo où il s’installe. Malgré la pudeur mystérieuse qui entoure leur relation, il ne fait guère de doute qu’ils aient été amants, Kaneko n’ayant jamais dissimulé son homosexualité. Il l’adopte et le garçon prend officiellement le nom d’Osamu Kaneko, ce qui lui permettra plus tard de générer le patrimoine artistique du peintre. Au-delà de cette vie amoureuse, Osamu va occuper plusieurs fonctions pour le peintre, s’occupant de toute sa vie quotidienne, des tâches ménagères jusqu’à l’entretien des seize chats de la maison. 


Osamu est cependant bien plus que cela puisqu’il va servir de modèle à l’artiste dans ces photos et peintures. On ne peut d’ailleurs pas distinguer dans ces œuvres celles antérieures à leur rencontre, tant ses éphèbes musclés au visage sensuel ont depuis l’origine les traits d’Osamu. 


Histoire des origines (1995)

L’origine prolétaire du garçon le rapproche de l’univers de Jean Genet avec ses gouapes dangereuse, bien que chez Kaneko ce soit avant une construction esthétique, né de la littérature et non de sa vie. L’ombre de Mishima plane aussi sur l’œuvre de Kaneko et en particulier Kinjiji, Les couleurs interdites, où un vieil écrivain est bouleversé par un jeune homosexuel. Celui-ci bien entendu est son ange de la mort. 

Le fruit défendu (2000)

Eriko Takayanagi, le modèle des Jeux, et Osamu Kaneko représentaient sans doute pour le peintre les deux faces d’un androgyne idéal.

Party (1992)
Le Saint (2015), peint l’année de la mort de Kaneko

Les Flirts 

Osamu photographié par Kaneko in Prints 21, numéro du printemps 1999 – Dossier spécial sur Kuniyoshi Kaneko



Kuniyoshi Kaneko, première partie : un Cocteau japonais


Les illustrateurs des années 60/70 comme Tadanori Yokoo ou Aquirax Uno étaient de véritables pop star, l’un d’entre eux, et des plus célèbres, était Kuniyoshi Kaneko (1936-2015). Si vous chinez chez les bouquinistes de Nakano Broadway, impossible de ne pas tomber sur une de ses illustrations et leur style reconnaissable entre mille. Des Gatsby en tenue de  soirée, blonds, fumants des cigarettes et rigides comme des mannequins semblent assister à une « party » clandestine. 


Ses jeunes filles au longs cous, lèvres rouges et pulpeuses et yeux de biches semblent sortir d’Harper’s Bazaar.


Et partout des lapins et des chats blancs échappés des livres de Lewis Carroll. 


Kaneko a bien commencé sa carrière dans le dessin de mode dans les années soixante avant de se diriger vers des univers fantastiques et décadents.

Pour mieux le connaitre jetons un œil à ses livres français favoris

Ma mère, Madame Edwarda, Le Mort de Georges Bataille 

Le Soleil des loups A.P. de Mandiargues 

Journal d’un voleur de Jean Genet

Trois filles de leur mère de Pierre Louÿs

Les Infortunes de la vertu du Marquis de Sade


L’influence de Tatsuhiko Shibusawa, traducteur de Sade et Bataille, et grand passeur de la littérature française transgressive dans les années 50 et 60, est perceptible. Comme Mishima, ou le danseur butô Hijikata, Kaneko a succombé à cette culture pop et décadente. Sur la demande d’un autre membre du groupe de Shibusawa, le traducteur Kosaku Ikuta, il illustre Histoire d’O de Pauline Réage en 1966 et en 1976 Histoire de l’œil de Bataille, où l’influence de Balthus est évidente. 

Comme Aquirax, il est fasciné par la culture française, et son modèle est équivoque Jean Cocteau, amour des éphèbes inclus. Nul doute que Kaneko vivait en songe dans un Paris luxueux mais corrompus, où tous les hommes ressemblaient à Jean Marais, où l’on ne se nourrisait que de cocktails, et où l’on ne quittait jamais son habit de soirée. Un monde de salons littéraires où il croisait Bataille et Pauline Réage. Et où O ne pouvait qu’avoir les traits de Danielle Delorme.


Pour ce qui est de la littérature japonaise, voici ses choix

Un test d’habileté de Nagai Kafu

Le conte de la tour du château d’Izumi Kyoka

Maquillage du soir de Toshio Yamazaki

Shunkin, esquisse d’un portrait de Jun’ichirō Tanizaki

Couleurs interdites de Yukio Mishima

Le conte de la tour du château d’Izumi Kyoka et Maquillage du soir de Toshio Yamazaki font partie d’un courant nommé « Tanbi-ha », proche de l’ero-guro, dont fait partie Le Tatouage de Tanizaki. Tanbi-ha est une recherche décadente de la beauté travaillant la figure de l’androgyne, de façon érotique et toujours dans une optique tragique.


L’œuvre absolue de ces écrivains est la Salomé d’Oscar Wilde. De nos jours, le génial illustrateur Takato Yamamoto en est le plus grand représentant.

Ses films étrangers préférés

En cas de malheur de Claude Autant-Lara

Avant le déluge d’André Cayatte

L’Aigle à deux têtes de Jean Cocteau

Voici venu le temps des assassins de Julien Duvivier

Niagara d’Henry Hathaway

Du côté français on trouve bien sûr Cocteau mais aussi des films noirs, particulièrement désespérés come ceux d’Autant-Lara, Cayatte et surtout Duvivier, mais aussi les couleurs éclatantes et morbides de Niagara. On se doute qu’il fut fasciné par Edwige Feuilère, dont le maintien trouve un écho dans ses gravures de modes, et par Bardot, Marilyn et Danièle Delorme. Toutes trois des femmes enfant, innocentes et fatales. Ce sont également les robes, manteaux, et coupes de cheveux de ces Parisiennes diaboliques qui inspirèrent Kaneko.


Dans son livre de photo Les Jeux (1997), Kaneko écrivait sa profession de foi 

« … ce qui est né dans l’ombre de la vie quotidienne, ce qui a été oublié, ce qui a disparu avec le temps…

Cependant, ce qui avait été laissé dans ces ténèbres revient aujourd’hui à la lumière. Ce qui avait été considéré comme mort peut être à nouveau ressuscité.

En regardant ces images, j’ai voulu faire apparaître une sorte de monde parallèle. Autrement dit, j’ai voulu créer un espace où l’Occident et le Japon se rencontrent, où différentes cultures et époques se mélangent.


Ainsi, des éléments comme les costumes, les tissus, les objets, les meubles, les photographies, les décors, les fleurs, les miroirs… tous ces fragments du monde réel deviennent des signes appartenant à un univers imaginaire.

Je cherche à faire disparaître la frontière entre la réalité et l’illusion. Ce qui est fabriqué par l’homme devient parfois plus vrai que la réalité elle-même. Ce monde, situé entre le rêve et le réveil, est celui que je souhaite montrer. »


Les soeurs et jeunes filles en fleur de Kuniyoshi Kaneko

Ces peintures ont été réalisées entre 1966 et 1970. On peut percevoir les influences de Clovis Trouille, Molinier mais peut-être de Félix Labisse. La revue des années soixante Plexus, pour laquelle Labisse  peignit de magnifiques créatures, est très proche dans l’esprit des groupes surréalistes japonais où évoluait Kaneko. Ainsi ces deux portraits où les femmes, comme recouvertes d’un fard spectral, semblent davantage appartenir au monde de la pierre ou du marbre qu’à celui de la chair.

L’un de plus beaux titres de livres de Kaneko est La Porte dévergondée (1999). C’est celle-ci que nous pousserons dans un prochain billet pour admirer le travail photographique de ce grand décadent.
 



Katun Thai Komics, jours étranges à Bangkok 2


Aujourd’hui je suis allé visiter l’expo consacrée aux Kutan Thai Komics à la galerie Arts Factory.
En découvrant, grandeur nature, les œuvres démentielles de Thep Chukul, j’ai compris à quoi ces comics survoltés me faisaient penser : aux deux premiers Evil Dead de Sam Raimi avec ces goules hystériques, et foncièrement méchantes. Les démons thaïlandais possèdent les mêmes faces ricanantes, comme si déchiqueter les humains les faisait mourir de rire. J’imagine très bien Krasu voler autour de la cabane de Ash, avec ses intestins pendant sous sa tête coupée. 
Autre star de l’expo : Tode Kosumphisal, et ses paysannes et déesses exposant fièrement leurs vulves. Certaines apparaissent dans les champs, d’autres dans les fonds marins ou en enfers où elles ne semblent pas craindre les démons, les flammes et les arbres d’épines. Ces vulves sont un symbole de puissance, et bien entendu de chance et de fertilité, rappelant les vagins dorés que l’on vient prier dans le sanctuaire de Dhamma Chot Hirun. Dans une très étrange peinture de Thep Chukul, du sexe d’une femme sortent une voiture de luxe, des bijoux, des lingots d’or et… un iphone. 
Mais bien d’autres curiosités vous attendent comme la mythologie autour des accidents de voiture, les fantômes des taxis, des zombies ressemblant comme deux gouttes d’eau à Eddie la mascotte d’Iron Maiden, des bébés hilares et en putréfaction…
Dépêchez-vous, l’expo se termine le 24 juillet !

27 rue de charonne 75011 paris | métro : bastille / ledru-rollin | du mardi au samedi : 12h30-19h30
Voir ici







Thep Chukul (1969)
2026




Puck (né en 1984)
2026


Puck


Suwit Shittichok (1969-2004)




Dan Sudsakorn (né en 1954)
1984






Fu Ruangsak Duangpla (né en 1965)
1997



Ratree 
1992





Thep Chukul
2026


Thep Chukul
2019






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Suwit Shittichok
Chatree Sungwornsleep (né en 1945)
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Thep Chukul







Thep Chukul



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Tode Kosumphisal (né en 1956)



Mon autre billet consacré aux Katun Thai Comics ici

Katun Thai Komics, jours étranges à Bangkok

« Katun Thai Komics, une hanthologie »,  est un génial ouvrage édité par Serious Publishing, consacré aux  comics d’horreur thaïlandais des années 70 et 80. Comme le précise l’auteur, Stéphane Damant : « Taillé dans des chutes de papier d’imprimerie, d’un format de 9×13 cm, comprenant 16 pages – le nombre variera au fil des années – le katun lem la baht (le comics à un baht) est d’emblée une opération alchimique qui transforme les résidus en pépites visuelles. Le genre, entre violence stylisée, érotisme et acceptation des principes du karma, a connu son âge d’or au cours de la décennie 1977-1987. »


J’avais approché l’horreur thaï dans l’expo Enfer et fantômes d’Asie au Musée du Quai Branly en 2018. Le commissaire Julien Rousseau était bien plus spécialiste que moi en la matière mais j’avais réuni quelque extraits de films dans une petite salle de projection « strictement interdite aux moins de 18 ans ». En effet rien de commun entre les aristocratiques fantômes japonais, la hiératique Sadako, et les spectres et esprits thaïlandais. 


Dans The Snow White (2010) de Sarawut Intaraprom, on pouvait voir un spectre chevaucher un homme sur son lit d’hôpital, lui ouvrir le ventre avec ses ongles et y insérer un bébé démoniaque. Les Thaïlandais ne s’embarrassent guère de nos tabous occidentaux concernant par exemple les foetus et enfants. Nous avions aussi réuni les mannequin « grandeur nature » de plusieurs « Phi » conçus par le studio d’effet spéciaux QFX Workshop. 


Si l’on pourrait presque présenter à ses parents la princesse Nag Nak, que dire des Phi Prêt ces géants aux longs bras, avec leurs petite bouche leur interdisant de se nourrir ;  de Mae Nak et son bébé décomposé ; de Phi Pop et ses doigts griffus prêts à éventrer ; et surtout de la star Krasü, tête coupée volant dans les airs, les intestins accrochés au cou, et se nourrissant, encore une fois, de bébés. 


Ces créatures on les retrouve dans les Katun Thai Komics car, en Thaïlande comme au Japon, les horreurs traditionnelles et modernes font bon ménage. La violence, le grotesque et le gore dépassent tout ce que l’on connait en Occident, ramenant les « fumetti neri » italiens le plus déchaînés au rang d’aimable plaisanterie. 


Peut-être peut-on les comparer aux BD mexicaines ultraviolentes mais celles-ci, reflet du banditisme et de la terreur sociale, n’ont pas de dimension surnaturelle donc poétique. Les Thaïlandais sont peut-être terrorisés par Krasue mais surtout ils l’aiment à la folie et la représenter dans ces bandes-dessinées est peut-être une autre façon de l’honorer, et surtout de ne pas l’oublier. Car ce folklore possède une dimension sociale. Comme le souligne Stéphane Damant « Ils incarnent également l’univers mental des migrants des zones rurales débarquant à Bangkok, une population occupant les emplois les plus précaires, souvent maltraitée. » 


L’autre aspect réjouissant de ces œuvres est leur syncrétisme. Dans cette peinture de Thep Chukul intitulée All Thai Ghosts Out [ katun lem la baht ], certains démons ancestraux de la jungle ont pris la physionomie d’Eddie le mort-vivant d’Iron Maiden. 


En remerciant Stéphane Damant et Serious Publishing de nous faire découvrir ce pan passionnant de l’art populaire thaïlandais, on ne peut que les inciter à faire paraître une anthologie de récits complets, pour que grandisse dans nos contrées le culte de la délicieuse Krasü.

Ce livre est publié à l’occasion de l’exposition Katun Thai Komics programmée par la galerie Arts Factory du 2 juin au 24 juillet 2026.

Galerie Arts Factory, 27 rue de charonne 75011, Paris  


« Katun Thai Komics, une hanthologie »,  peut-être commandé ici

Koji Kitahara et les images étranges de l’ère Reiwa


En me baladant sur Instagram, sur la page de Japan Book Hunters, (voir ici) je découvre l’illustrateur Koji Kitahara. 

Né en 1966, cet ancien assistant d’Hirohiko Araki sur JoJo’s Bizarre Adventure (histoires Stardust Crusaders et Diamond is Unbreakable) est passionné par les illustrations horrifiques de l’ère Showa, comme celles d’Ishihara Gōjin. 


Son recueil  « Livre d’images étranges de l’ère Reiwa » est nourri de ces influences mais possède sa propre identité, entre stylisation et instantané photographique. L’horreur est comme figée dans le mouvement, rappelant les dessins de fait-divers hyperréalistes de d’Angelo Di Marco, comme si photographe prenait le cliché impossible au moment où la terreur est à son comble. 


L’univers de Kitahara appartient à la culture japonaise de l’apocalypse. Ces personnages sont souvent des jeunes filles en uniformes marin, projetées dans des scènes de fin du monde, attaquées par des yokaïs, des dauphins ou des têtes décapitées géantes. 


Evidemment, l’illustrateur-photographe, un peu « hentai » également saisit le moment où, dans le combat contre un monstre libidineux, elles ne songent pas à dissimuler leur culotte. 


Les créatures amphibies de Kitahara témoignent de la fascination des Japonais pour Lovecraft même si on pense aussi aux horreurs maritimes de l’écrivain britannique  William H. Hodgson (1977-1918)


Ce remix frénétique des mangas terrifiants et des illustrations de l’ère Showa fait tout simplement de Koji Kitahara un représentant japonais du surréalisme. 


Kitahara est investi d’une mission.

« En 1972, à six ans, écrit-il, ma première rencontre avec les livres d’horreur pour enfants fut l’« Encyclopédie illustrée des yōkai japonais » de la collection Jaguar Books de Rippu Shobo. 


Un ouvrage imposant trônait sur une table de la librairie Yamamoto Shoten, l’une des rares d’Higashikurume, en banlieue de Tokyo. D’abord fasciné par les illustrations et les schémas, le texte, d’apparence ennuyeuse, m’entraîna, une fois lu, dans un monde étrange et terrifiant. J’éprouvais une excitation différente de celle que me procuraient les bandes dessinées ou les encyclopédies animalières, avec le sentiment d’entrevoir une part d’ombre mystérieuse et dangereuse du monde réel.

Ishihara Gōjin


Parmi les illustrateurs emblématiques du genre, actifs aussi bien dans les livres d’horreur pour enfants que dans les albums illustrés de magazines, les plus célèbres étaient Ishihara Gōjin, Yanagi Shūji et Minamura Takayuki. 

Yanagi Shūji

Minamura Takayuki

Ishihara Gōjin, notamment, était particulièrement reconnu pour ses illustrations captivantes. 


Quand on parle d’albums d’horreur illustrés, beaucoup citent Ishihara Gōjin. J’ai été profondément influencé par son œuvre et il a été un modèle pour moi tout au long de ma carrière artistique. 

Attaque de kappas par Ishihara Gōjin 

et par Koji Kitahara


Cependant, je suis convaincu que se contenter de louer Ishihara Gōjin revient à reconnaître que le genre de l’« album d’horreur » appartient au passé. Si aucune nouvelle génération d’artistes d’horreur ne prend la relève, l’« album d’horreur » restera un phénomène culturel propre à l’ère Showa. 

Face à l’inaction de nombreux artistes et éditeurs, j’ai décidé de m’en charger moi-même. J’ai décidé de tout faire moi-même : dessin, écriture, édition et publication.

  

Dans ma volonté de faire revivre le genre de l’album d’horreur pour enfants de l’ère Showa, en cette nouvelle ère Reiwa, je souhaite également, dans une certaine mesure, élargir mon public cible aux adultes. 


Étant autodidacte, mon talent et ma sensibilité artistiques ne rivalisent peut-être pas avec ceux des artistes du passé, mais même si cela prend des années, voire des décennies, j’aimerais un jour les surpasser, ou du moins prouver qu’il existe encore aujourd’hui des artistes qui créent des « livres d’images étranges ». 


Pour cela, j’aurai besoin de votre collaboration. Mon rêve et mon défi sont de réaliser ensemble un livre d’horreur moderne pour enfants, le « Livre d’images étranges de l’ère Reiwa ».


Pour le soutenir dans sa quête on peut commander ses livres sur le site Fantasmic ici et chez Japan Book Hunter ici


Kiichi Okamoto, explorateur du monde féérique des enfants

L’œuvre de l’illustrateur Kiichi Okamoto nous ramène, du point de vue des enfants, à l’époque Taishô (1912-1926), cette courte période de liberté, d’hédonisme et d’appétit pour la culture occidentale, qui précéda le militarisme. Ce sont des illustrations profondément immersives, de style occidental, même si ses sujets peuvent être aussi purement japonais avec ses bouddhas et ses fêtes rituelles.


J’emprunte ici largement au texte de Shae Makuni paru le 2 aout 2025.

Voir ici

Kiichi Okamoto nait le 12 juin 1888 à Sumoto, sur l’île d’Awaji, dans la préfecture de Hyogo. On peut dire qu’il est un enfant de la presse, et donc déjà de la modernité, puisque son père travaillait pour le journal Miyako Shimbun. Il passe son enfance à Hokkaido, mais en raison des mutations successives de son père, il déménage à Tokyo à l’âge de 14 ans. Dès son plus jeune âge, il fait preuve d’une imagination débordante et d’un profond intérêt pour la peinture. En 1906, à l’âge de 18 ans, il devient l’élève de Kuroda Seiki (1866-1924), leader du mouvement yōga d’inspiration occidentale. 

Kuroda Seiki


Il étudie la peinture à l’huile et forma un groupe artistique avec Kishida Ryusei et d’autres artistes.

Kishida Ryusei


En 1912, il co-organise l’exposition Fuzankai avec Kishida, Saito Yori et Kimura Sohachi, et se consacre au post-impressionnisme et au fauvisme. Cependant, cela provoqua la colère de Kuroda Seiki, qui mit fin à leur relation maître-élève.

À partir de 1914, il commence à créer des estampes et des illustrations pour des magazines pour enfants. En 1919, il réalise des couverture et des illustrations pour le magazine pour enfants « Kin no Fune » ( Le Navire d’Or ). 

En 1922, il devint l’illustrateur principal de « Kodomo no Kuni » (Le Pays des Enfants). Les illustrations d’Okamoto, malgré son style post-impressionniste initial, témoignent d’une forte influence des œuvres délicates et précises d’Edmund Dulac (1882 –1953) et d’Arthur Rackham.


Edmund Dulac


En 1927, Okamoto cofonde la Children’s Artists Association avec Takeo Takei, Tomoyoshi Murakami et Yoshio Shimizu, et devient l’un des artistes pour enfants les plus populaires et les plus célèbres des années 1920. 


Cependant, le 29 décembre 1930, il décède à Tokyo à l’âge de 42 ans des suites de la fièvre typhoïde.

Keiichi Okamoto est l’une des figures phares de l’attrait de l’époque Taishô (1912-1926) pour les arts décoratifs. Comme une réponse au « japonisme » européen de la fin du XIXe, les artistes vont se passionner pour l’art occidental, par exemple dans le domaine de l’illustration qu’ils désignent du terme français d’« imagerie ».  


Durant l’ère Taisho, la culture populaire connait un véritable essor, profitant des progrès techniques en matière d’impression. Publié de janvier 1922 à mars 1944, « Kodomo no Kuni », avec son grand format, son impression en cinq couleurs et ses nombreuses doubles pages, bien que destiné aux enfants, pouvait également être apprécié par les adultes comme une revue d’art. 


Jusque-là, même les livres pour enfants ne comportaient que quelques petites illustrations, mais ce magazine, bien que coûteux, offrait une multitude de grandes illustrations en couleurs. C’était également une excellente opportunité pour les peintres et illustrateurs de faire connaître leur travail au public, ce qui explique sa popularité auprès des artistes.


Dans ses illustrations pour « Kin no Fune », Okamoto met en scène un petit monde étrange d’enfants comme descendus de la lune des lapins, ce mythe très populaire au Japon qui donnera naissance aux fameuses Sailor Moon et que l’on retrouve dans Dragon Ball. 


Avec leurs cagoules à longues oreilles, et leurs postures lapines, ces enfants semblent une autres espèce. Ils sont des « enfants » qui au fond ne sont pas reliés au monde des adultes puisqu’ils choisissent le lapin pour animal de référence. Cela rappelle la pratique, dérivée du kigurumi, de déguiser un animal mignon en un autre animal mignon, par exemple un chaton déguisé en lapin. Okamoto est bien l’un des ancêtres du « kawai ».

Les enfants d’Okamoto évoluent aussi parmi les insectes et les animaux marins, qui en font des créatures féériques rappelant celles d’Edmund Dulac.


Ils sont ainsi bien plus proches des kamis du shintoïsme que les adultes et participent à des « matsuri » (fêtes rituels) comme le « jour des enfants » le 5 mai, avec ses « Koi nobori », fanions représentant des carpes.


Nul doute qu’Okamoto ait été une grande inspiration pour Miyazaki et Isao Takahata.

Il y a également la cérémonie annuelle d’« Omiharai », un rituel de nettoyage de la statue de bronze du Grand Bouddha du temple Todai-ji, de 15 mètres de haut, et la plus ancienne du Japon.

Cependant, les enfants, épris de modernité, sont habillés à l’occidental, jouent au basket, vont au cinéma et bricolent des radios. Ils sont une image de la modernité, au même titre que les « moga » à même époque, ces « modern girls » vêtues à l’américaine et les cheveux coupées à la garçonne.



Okamoto, avec son style ligne claire, son style moderne pouvant parfois être monumental, sa sensibilité des rêveries enfantines me fait aussi penser à Winsor McCay et son Little Nemo.

Keeichi Okamoto, à travers ses figures enfantines, nous fait mesurer l’optimisme et la soif de culture de l’ère Taishö, bientôt détruite par la guerre et l’ultra-nationnalisme des années 30.


Ken Katayama, la citadelle des enfants tristes

« Tu as toujours les mains dans les poches. Que caches-tu donc là ? Alors j’ai sorti de tes poches les ténèbres, les jours poussiéreux, et un vieil album photo. Je l’ai ouvert et je te l’ai montré. De beaux jours, et d’autres jours encore. » – Ken Katayama.


Encore un artiste japonais dont je ne sais presque rien, les rares informations provenant de petits textes étranges : 

« Il se décrit lui-même comme un peintre de troisième ordre. Récemment, il a acheté une combinaison de travail en jean pour 1 000 yens et a surpris ses voisins en se prenant pour un peintre. Il dit aussi être passionné par l’escrime et semble prendre plaisir à effrayer les gens. » 

Ken Katayama semble avoir été actif dans les années 70. Exécuté au crayons, à la mine de plomb ou à la carte à gratter, son univers très personnel ne ressemble à aucun autre. 

L’adolescence est son sujet de prédilection mais dans une vision extrêmement angoissante. La jeunesse de ses personnages à la minceur anormale, comme s’ils appartenaient à une espèce invertébrée, se déroule dans des espaces vides, les toilettes (souvent) ou la cour de leur école, frappés par une lumière dure. Garçons et filles sans expression, comme des somnambules, ont le même corps androgyne et adoptent des angles étranges, peut-être inspirés de Balthus, rendant encore plus douloureux cet état transitoire entre l’enfance et l’âge adulte. Une de leurs activités principale est de déféquer dans les recoins de l’école. Une impression poignante de solitude.

Ils sont souvent nus ou vêtus de costumes d’écolier, et tous identiques. Si les adultes sont parfois présents dans leur monde c’est sous la forme de gardiens, masse noire, alignés dans les mêmes postures. Ces enfants sont prisonniers d’une citadelle sans joie. On les prépare ainsi à devenir un peuple anonyme allant grossir les rangs des salarymen des entreprises, autre peuple asservi. Le plus célèbre recueil de dessins de Katayama, paru en 1969, se nomme Beautiful Days. Les jours heureux, vraiment ?


Voici comment Katayama décrit son univers.
« Des flammes jaillissent d’un réchaud à gaz, baignées de chaleur. La sœur aînée s’arrache les dents de devant. Les masses d’eau ondulantes tourbillonnent dans les rues d’été. Des vortex s’élèvent au-dessus des avant-toits. Des techniques de ninja sont exécutées dans l’auditorium. Des corps humains fumants apparaissent de partout. Deux garçons nus se déplacent lentement sur trois jambes entre des hommes en tenue de cérémonie alignés de part et d’autre d’une rangée de cerisiers. Tous les paroissiens font voler des cerfs-volants cette année. Faites-vous vacciner pour ne pas devenir une fourmilière. »
Le dernier conseil est précieux. 

L’heure des anges (1971)

 « La toupie perdue » (1978)


Shin Taga, cauchemars gravés sur cuivre


Je tiens ce blog pour rêver, et peut-être vous faire rêver. Ce mois-ci le passeur de rêves, et bien sûr de cauchemars se nomme Shin Taga.

L’artiste est un mystère, sa biographie étant presque vide. A peine savons-nous, sur sa fiche du Wikipedia japonais qu’il est né le 14 décembre 1946, et vit à Ichikawa, dans la préfecture de Chiba. Comme bien des créateurs japonais, son art est toute sa vie. Illustrateur, il est surtout un graveur sur cuivre, et devint populaire grâce aux couvertures d’une collection de poche, « Le Monde d’Edogawa Ranpo ». Au Japon, son art est donc indissociable des noirs récits du maître de l’eroguro. Shin Taga n’illustre pas les récits mais les interprète, avec un trait fin et chimérique rappelant les créatures hybrides d’Hans Bellmer. Accouplements de plantes vénéneuses, anges jumeaux décomposés, anatomies hallucinées où vulves et phallus se mélangent. Shin Taga est un maître du surréalisme japonais. 


Il est aussi un maître de cet art suranné des ex-libris, ces illustrations que le lecteur collait sur ses livres pour signifier qu’ils lui appartenaient. Ceux de Shin Taga sont des petites vignettes à l’humour léger et  ésotérique, comme un bordel onirique de la « belle époque » ou les phénomènes d’un cirque érotique.


L’esthétique « fin de siècle » est une grande influence pour de Taga dont certaines gravures peuvent rappeler le démoniaque Félicien Rops. On rêve d’une édition des Fleurs du mal illustrée par Shin Taga. 


Des influences indoues 


L’une des obsessions de Shin Taga est les poissons, ce qui fait penser à la passion des Japonais pour Lovecraft et les créatures amphibies du Cauchemar d’Innsmouth. Accouplements contrenatures de poissons humanoïdes, poissons sphynx, poisson bus, poisson phallique chevauché par une nymphe, poisson attablé devant une assiette de petits êtres humains. L’imagination aquatique de Shin Taga semble sans limite. 


En 2020,, Lors d’une exposition consacrée à ses gravures de poissons, à la Galerie Yart à Tokyo, Shin Taga écrivait :

« En 2018, je suis retourné en Inde pour la première fois en quarante ans. Le Gange à Varanasi était toujours aussi pollué, mais le guide se vantait de son amélioration. Il expliquait qu’aujourd’hui, même sans argent pour le bois, on vous incinérerait et on dispersait vos cendres. Autrefois, les noyés se transformaient en poissons, puis en humains, et le cycle des réincarnations se poursuivait sans fin. Cette série de poissons, créée en 1978, exprime cette réalité (qui m’a profondément choqué) avec un humour noir. Les âmes résident dans les poissons, les animaux et les oiseaux, et s’entremêlent à celles des humains, subissant des transformations. J’espère qu’à travers cette œuvre, vous méditerez sur la vie et la mort, qui semblent être l’œuvre de la volonté divine.»

                   

 

Cahier noir du premier mai 1971

L’humour noir est un terme inventé par Le comte de Lautréamont, et repris par André Breton pour sa célèbre « Anthologie de l’humour noir ». Pour les Japonais, grands amateurs de surréalisme, l’humour noir s’accorde parfaitement à leur propre courant subversif, l’« eroguro ». Cette revue, dénichée chez un bouquiniste de Tokyo, s’appelle « Cahier noir », avec comme sous-titre « Humour noir n°2 », et sa couverture, avec ces deux filles éventrant une autre adolescente avec le pédalier d’une bicyclette, rappelle Histoire de l’œil de George Bataille. Le style du dessin est également proche de Balthus.
Feuilletons ce magazine d’il y a 55 ans.
Il est au format de poche, mais des doubles pages permettent d’admirer de belles illustrations. Ici celle de Lide Mai, illustrateur dont je n’ai pas retouvé la trace.


« Les films du nouvel an éternel de Michio Okabe »
Il s’agit d’un cinéaste undergound, dans la lignée de Terayama et Juro Kara, recrutant les troupes d’avant-garde, de Zero Jingen aux danseurs butô, pour des films « hippies » (futen) et psychédéliques. A redécouvrir, donc.

Mishima s’est suicidé l’année précédente. Le magazine y revient avec cet article intitulé « Je voulais mourir en beauté à l’âge de vingt ans ». Est évoquée l’admiration de Mishima pour le romancier français Raymond Radiguet, protégé de Jean Cocteau et auteur du Bal du comte d’Orgel et « Le Diable au corps ». Radiguet est bien mort à l’âge de vingt ans. 

Sur cet étrange collage, on peut lire : « Réincarnation »

Une traduction de la nouvelle « Le rappel » (1950)
de Boris Vian (encore un écrivain mort prématurément)… et un collage d’après
une photo de Terence Stamp dans le Toby Dammit de Fellini.

« Un couple étrange »
Les revues «  surréalistes » japonaises sont aussi des revues érotiques. On peut les comparer à la revue française Plexus, émanation de l’ésotérique Planète qui, outre des récits et images érotiques, contenait des œuvres de Leonor Fini, des bandes dessinées, et des essais philosophiques. Ces photos nous rappellent que les poils pubiens étaient impitoyablement censurés au Japon. Le photographe fait donc des cuisses de son modèle des collines noires, et de sexe un gouffre où plonger et se perdre… pour l’éternité. 

« Chroniques de l’humoriste noir. Yoshiharu Tsuge. Le parfum du sang de la vierge éternelle. »
Un article sur le génial Tsuge et son chef-d’oeuvre, l’hallucinant « La Vis », peut-être le plus grand manga underground japonais. Pour les japonisants, je mets l’article en entier.

« Les secrets de Venise » de Hikoaki Takahashi.
J’adore ces séduisantes filles masquées. 

« Le travestisme est un penchant anormal » 
Le titre est bien entendu ironique puisque les « gayboys » font partie de la vie du Tokyo underground depuis la fin des années soixante.


« Livre d’art noir » 
« Veuillez soumettre votre candidature pour le carnet noir »
Il s’agit apparemment d’un concours, et le gagnant dont les jolis dessins sont reproduits ici est un certain « Genichiro Nakamura, ville d’Itoigawa, préfecture de Niigata ».


« Collection de publicités de la période Taisho »
Cette époque s’étend du 30 juillet 1912 au 25 décembre 1926 et est considérée comme un moment de libération artistique mais aussi sexuelle où les intellectuels japonais se passionnnent pour les avant-gardes occidentales. Le mouvement « eroguro » émerge à cette époque avec les premières nouvelles de Tanizaki et les romans d’Edogawa Ranpo.

« Poupée d’amour »
Pour terminer la revue, de  l’érotisme, en couleur cette fois, avec cette jeune fille s’amusant avec un mannequin !