Underground de Suehiro Maruo (1) : L’enfer mode d’emploi

Maruo est un maître du collage, et du montage de références graphiques et culturelles. Underground (Ann gura, 2024), son dernier livre paru en France, retrace le destin tragique d’une jeune comédienne (affligée de strabisme !) et d’un aspirant mangaka dans la fournaise du mai 68 japonais (qui s’est déroulé en 1969). C’est une vision anamorphosée de sa propre jeunesse, décalée dans le temps puisque c’est lors de la décennie suivante que le jeune provincial monte à Tokyo, et est publié dans la revue de manga « angura » Garo.

Je sors mes 33t d’acid-folk nippon achetés à Recofan et Disk Union, et c’est parti dans l’ordre de lecture du manga !

Qui croisons-nous dès les premières planches d’Underground ?

Ayant visité l’exposition Zurbaran se tenant au Louvre, la silhouette encapuchonnée est immédiatement identifiable : « Saint François contemplant un crâne » (1635). L’art mystique et ténébreux du peintre espagnol, ne pouvait que résonner avec l’imaginaire de Maruo.

Voici notre héroïne : Sachiko.

Ses vêtements sont d’inspiration anglaise avec son béret, sa robe-manteau croisée Mary Quant, cintrée à la taille, ses mocassins à boucle et ses bas à motifs de losanges. Le col marin reste quant à lui tout à fait japonais.

De Londres à Tokyo, en passant par Paris où l’adoptent Sylvie Vartan, France Gall et Françoise Hardy, toutes les jeunes filles à la mode ont porté cette tenue.

Au Japon, la représentante absolue de ce mouvement est la délicieuse chanteuse pop Akiko Nakamura avec ses reprises de « Blue Château » des Blue Comets et de « Un anno d’amore » de Mina. Elle aurait parfaitement pu tenir le rôle de Sachiko.

Son prénom provient d’ « Élégie en rouge » de Seiichi Hayashi publié dans Garo en 1970-1971. Ce manga culte des années rouges raconte justement les amours malheureuses d’Ichiro et Sachiko, deux jeunes animateurs pauvres à Tokyo.

Grand admirateur du manga, le chanteur folk  Agata Morio en a tiré son premier single sous le titre « Sekishoku Elegy ». A écouter donc en lisant les déambulations de Sachiko et Migeru dans Shinjuku.

On reconnait l’allure de Migeru avec sa mèche sur l’œil et son pull à rayure.

C’est celle de Kitaro l’enfant yokaï de Shigeru Mizuki (dont le prénom rime avec Migeru).

Kitaro est né dans  un cimetière et est sorti de la tombe de sa mère morte. Comme le provincial Migeru, ne trouvant pas sa place à Tokyo, Kitaro est un banni, le dernier représentant du peuple des fantômes. Une façon pour Maruo de dire que la vie terrestre de son héros sera courte.

Sachiko est modèle pour un peintre qui est également son propriétaire. En échange d’un loyer, il l’oblige à se livrer à des jeux sexuels.

Le visage du pervers nous est familier. Il ne s’agit pas d’un artiste du Japon des sixties comme Tadanori Yokoo, mais de l’idole du Montparnasse des années 20, Foujita. Maruo relie ainsi la fièvre créatrice du Paris des années folles à celle du Tokyo de l’ère Shôwa.

Nous retrouvons Sachiko dans la pose de Thérèse rêvant (1938), une des plus célèbres peintures de Balthus.

Et puisque nous sommes dans l’histoire de l’art selon Maruo, notons au passage un emprunt à L’éternelle idole (1889) de Rodin.

Maruo ne représente pas le dramaturge d’avant-garde Juro Kara, mais l’évoque fortement par la pratique du théâtre de rue ou « théâtre des situations » (le concept de « situations » est emprunté non à Debord mais à Sartre).

On peut avoir un aperçu des spectacles urbains révolutionnaires de Kara, sorte de kabuki hirsute, au début de « Journal d’un voleur de Shinjuku » (1969) d’Oshima.

Un immeuble surmonté d’une enseigne Minolta surplombait Shinjuku Est à la fin des années soixante. On peut la voir à la fin du film de Koji Wakamatsu, « L’Extase des anges » (1972), c’est vers elle que semble se diriger le révolutionnaire Octobre, bardé de dynamite. Curieusement, Maruo change le nom en Minalto.

Pour évoquer la bouche « lippue » de ce sosie japonais de Mick Jagger, Maruo fait flotter dans une case les « Amoureux » de Man Ray.

Ouvert en 1947, le café Fugetsudo était au départ un endroit où l’on venait écouter en silence de la musique classique. Un loisir perpétué plus tard par les « jazz kissa » où sur des chaînes hi-fi parfaitement équilibrées, les passionnés venaient écouter Duke Ellington et Charlie Parker.

Pendant les années soixante, le Fugetsudo a perdu son atmosphère paisible pour devenir le quartier général des « futen » (hippies) et artistes d’avant-garde. Akaji Maro me racontait qu’il y passait des heures en ne commandant qu’un seul café. A son emplacement se trouve désormais le magasin meubles IDC Otsuka Kagu.


Au Fugetsudo traînaient les membres de la troupe de Terayama. Si le génial dramaturge n’apparait pas dans Underground, Maruo consacre une case à son théâtre à Shibuya avec sa façade représentant une gigantesque tête de clown. La salle s’appelait le Tenjô Sajiki-kan, soit la maison du Tenjô Sajiki.

Mais pour être plus précis, la « maison des enfants du Paradis », Terayama ayant nommé sa troupe d’après le film de Marcel Carné. Inauguré en 1969, la façade et l’intérieur du théâtre ont été conçus par le graphiste Awazu Kiyoshi et Enomoto Ryôichi. Il n’en reste plus rien aujourd’hui.

Référence majeure pour Maruo, Alex dans « Orange Mécanique ». Shieru a reproduit le maquillage à l’œil gauche et le chapeau melon, remplacé par le casque blanc, marqué de l’idéogramme des syndicats étudiants (Zenkyoto) lors des émeutes de 1969.

Comme les étudiants gauchistes, ceux de l’ultra-droite et les yakuza, Migeru admire l’acteur de ninkyo-eiga, Ken Takakura. Avant d’aller se battre avec les CRS japonais, les étudiants se donnaient du courage en allant voir l’acteur découper en morceaux un clan rival, s’imprégnant de son sens du sacrifice.

Le film en question, qui date bien de 1969, est « Brutal Tales of Chivalry 5: Man with the Karajishi Tattoo » (Shôwa Zankyôden : karajishi jingi) de Makino Masahiro. « Karajishi » désigne le tatouage de Takakura composé d’un lion chinois et de pivoine. Son affiche est la plus mythique du ninkyo-eiga.

The Jacks est un groupe psyché japonais de la fin des années soixante, dont la discographie compte deux LP : « Jacks no Sekai » (Vacant World) en 1968, avec les classiques Vacant World et Marianne, et « Jacks no Kiseki » (Super Session) (1969).

Après cela, le groupe se sépare. C’est donc la musique d’une formation éphémère qui accompagne la courte existence de Migeru.

Le leader du groupe, Hayakawa Yoshio devient pour Maruo le symbole de tous les jeunes musiciens, chevelus et révoltés, de Tokyo.

Alors que Terayama et Juro Kara révolutionnaient les planches, un autre « théâtre des situations » se déroulait dans les rues de Tokyo. Maruo n’a pu observer ces émeutes que de loin.  Il n’avait que 13 ans et vivait dans sa région natale, la préfecture de Nagasaki, à Kyushu. Il a pu s’inspirer de nombreux documents pour dessiner celles d’Underground, mais peut-être aussi des films pinks de Koji Wakamatsu, qui confiait des caméras 16mm aux étudiants pour qu’ils filment les manifestations. Les images se retrouvaient ensuite en générique d’un film tel que « Running in Madness, Dying in Love » (1969).

Un autre spectre des sixties hante Underground, celui du jeune tueur fou Norio Nagayama. Nous y reviendrons dans un prochain billet.

Mon démon talisman : Tsuno Daishi, le Grand Maître cornu


L’an dernier, j’ai acheté ce pin’s chez un bouquiniste de Nakano Broadway spécialisé dans l’ésotérisme. Comment résister à ce démon rouge et cornu au sourire jovial ?

Depuis, avec le pin’s du bar Le Temps (désormais introuvable), c’est l’un de mes bijoux favoris. 


Mais d’où vient ce diable japonais ?

Il s’agit bien d’un démon mais d’un démon anti-démons. J’en ai retrouvé récemment la trace dans « Les cent oracles de Ganzan Daishi, expliqués en japonais », circa 1850 ; encore une merveille numérisée par l’université de Kyoto (voir ici)


Le tirage des oracles, est une pratique de divination shintô et bouddhiste, consistant à secouer une boîte hexagonale percée d’un trou jusqu’à en faire sortir une baguette numérotée, puis à recevoir un papier correspondant à ce numéro. Le livre sert ensuite à en décrypter le message. En ce sens il est un objet sacré qu’il convient de manipuler avec soin. 


Sur la page, on peut lire : « Avant d’ouvrir ce livre, purifiez votre corps, rincez-vous la bouche, lavez-vous les mains et élevez-le respectueusement trois fois au-dessus de votre tête. Ne le posez pas directement sur le tatami nu : placez-le sur un support propre ou étendez du papier dessous. »

Mais pourquoi Ganzan Daishi, alias le maître des oracles Ryôgen, incarnation de Nyoirin Kannon voit-il notre démon apparaître dans un miroir ? 


En ce temps-là, vers 984, une épidémie ravagea le pays. Impuissant malgré ses invocations à Kannon, Ryôgen voyait le mal s’étendre. Mais soudain, dans son miroir, apparut Tsuno Daishi, « le Grand Maître cornu ». En réalité, ce n’était autre que Ryôgen lui-même qui s’était métamorphosé. Pas plus effrayé que ça, il appela ses disciples et leur ordonna de dessiner rapidement Tsuno Daishi avant qu’il ne reprenne sa forme initiale. Ils imprimèrent son image et la distribuèrent au peuple. Depuis, ce démon, plus sympathique qu’effrayant, est devenu un talisman protégeant des épidémies, du malheur et des esprits maléfiques. Pour cette raison, il est considéré comme un démon anti-démons. Il connut un regain de popularité pendant l’épidémie de Covid. 

Là encore des règles sont à suivre scrupuleusement.

« Pour éviter les influences néfastes, veuillez ne pas placer l’amulette de  Tsuno Daishi,  face au nord-est. Veuillez la fixer avec de la colle ou un adhésif similaire, et ne l’abîmez pas avec des punaises ou des clous. »


Ryôgen était par ailleurs un amateur de métamorphoses. Lui dont la beauté était légendaire portait parfois un masque de démon repoussant pour décourager les belles dames de la cour. Rien d’étonnant alors à ce que son incarnation diabolique possède une physionomie farceuse.

Tsuno Daishi est encore honoré dans bien des temples tel celui du temple Jindaiji, dans l’arrondissement de Chôfu à Tokyo, où se trouve cette belle sculpture. 


Source ici

Daisensenjiga Kedarana yo sa


En parcourant (j’allais écrire feuilletant) la page Instagram japaneseavantgardebooks, je découvre ce numéro de Playboy Custom de juillet 1969, avec ce très beau portrait de la chanteuse d’acid-folk Carmen Maki (chez les disquaires japonais, prononcez « Kaloumen maki »). 

Intrigué par le texte, je demande une traduction à Gemini. 

Il s’agit d’une chanson écrite par rien moins que le dramaturge Shûji Terayama, que je reproduis ici


Daisensenjiga Kedarana yo sa


Paroles : Shûji Terayama

Musique : Jujiro Tanaka


J’ai essayé de prier,

J’ai aussi essayé de ne pas prier,

Mais quand je me sens triste, j’essaie de prononcer des mots dont personne ne connaît le sens.

Une formule magique contre le malheur,

Un sortilège pour les moments difficiles,

Et une gymnastique de la bouche pour oublier les choses douloureuses.

Je ne veux pas d’une étrange logique comme celle-ci.

Ce que je disais souvent, c’était : « Daisensenjiga Kedarana yo sa ».

De la langue de quel pays s’agit-il ? Je l’ignore.

Dai-sen-sen-ji-ga-ke-da-ra-na-yo-sa.

Quand vous vous sentez seul, essayez de le dire.

C’est une formule magique pour les personnes solitaires.

Un sortilège pour oublier les souvenirs d’une personne dont on est séparé.

« Daisensenjiga Kedarana yo sa »

« Daisensenjiga Kedarana yo sa »

Si on le lit à l’envers,

Cela devient une chanson que cette personne m’a apprise :

« Si ce n’est qu’un adieu, alors c’est la vie »

« Si ce n’est qu’un adieu, alors c’est la vie »

« La vie n’est faite que d’adieux »


Et pour l’écouter

Carmen le chante elle-même, ce titre étrange « Daisensenjiga Kedarana yo sa » est en fait la prononciation à l’envers de « Sayonara dake ga jinsei da », qui veut donc dire « La vie n’est faite que d’adieux. » Le vers est emprunté à l’écrivain Masuji Ibuse qui l’avait lui-même tiré d’un poème chinois de Yu Wuling, datant de la dynastie Tang et appelé « Kan-shu » (Invitation à boire). (merci Gemini)

« La vie n’est faite que d’adieux »

Peut-on imaginer plus mélancolique ?

La chanson est extraite du premier album de Carmen, et son plus célèbre : Poems in the Midnight (‘Til the Candle Goes Out).


Avec ses yeux vagues et ses cheveux châtains, Carmen Maki a représenté l’image même de la chanteuse folk vaporeuse de la fin des années soixante. Elle est ensuite passée à une musique plus agressive avec son groupe Blues Creation.

La pochette envoûtante nous plonge dans l’ambiance douce mais crépusculaire de la chanteuse, avec cette voix séraphique, comme en apesanteur.


Il faudra un jour que je parle des pochettes japonaises, qui sont parmi les plus belles du monde. 

Asakawa Maki (l’autre Maki) avec ses clichés ténébreux, au grain fourmillant, a l’air de sortir directement des photos de Daido Moriyama.

Morita Douji a une esthétique bizarre, hyperréaliste, proche de la SF qui nous inciterai à penser qu’elle est une créature artificielle, venue d’une autre galaxie (ce qui est probablement la vérité).


Plus tard, dans les années 80, Momoko Kikuchi, idolu synth-pop, se baigne dans des mers irréelles qui s’accordent parfaitement à ses sonorités électroniques.


Sinon, revenons aux paroles de « Daisensenjiga Kedarana yo sa ».

La vie est faite d’adieux

Cela froisse le cœur n’est-ce pas ?


L’album entier de Carmen Maki

Rina Yoshioka et la littérature surnaturelle de l’ère Shôwa


Comme vous le savez, Rina Yoshioka est mon artiste vivante préférée. Elle peint tout simplement ce Japon chaleureux et malicieux (plein de malice érotique également) que j’essaye de retrouver lors de mes voyages. Je ne pourrais pas visiter son exposition qui se tient en novembre mais j’ai adoré son affiche où l’on retrouve tout son humour et sa tendresse pour le petit peuple de Tokyo avec ses gentilles adolescentes et ces vieux messieurs aussi drôles et bienveillants que des chats.


Mais laissons Rina nous parler du monde des mini-livres avec ce texte écrit spécialement pour « Jours étranges à Tokyo ».

« Le thème de cette exposition personnelle est le « livre ». Les œuvres que j’ai peintes pour cette occasion, y compris l’illustration du visuel principal utilisé pour l’annonce, représentent des paysages où se trouve un « livre » ou un « magazine ». J’ai ensuite reproduit le livre que lit le personnage de chaque tableau sur une mini-toile au format carte postale.

La jeune fille et le monsieur sur l’illustration du visuel principal sont des personnes de notre époque contemporaine, en 2026. Le décor est un teishoku-ya (un restaurant de quartier traditionnel japonais servant des menus fixes). Même à notre époque, il reste encore un petit nombre de ces restaurants typiques au charme d’antan.

Le livre que lit la jeune fille fait partie d’une série de livres d’occultisme pour enfants, publiés au Japon lors du boom du paranormal dans les années 1970. Parmi les thèmes comme les « objets volants non identifiés », les « pouvoirs psychiques » ou les « yokai », elle est en train de lire un ouvrage intitulé « Le mystère des soucoupes volantes ». Près d’elle, on aperçoit aussi un livre intitulé « « Le grand livre des phénomènes ultra-mystérieux »», qui rassemble des histoires de fantômes.

Alors qu’aujourd’hui la plupart des gens ont les yeux rivés sur leur smartphone et que plus personne ne lit, cette jeune fille dévore un livre d’occultisme de l’ère Showa, même pendant son repas. Elle est totalement absorbée par le plaisir de la lecture. Le monsieur à côté d’elle la regarde avec surprise et joie. En effet, il ressent une grande nostalgie en voyant une lycéenne d’aujourd’hui plongée dans les mêmes livres d’occultisme de l’époque Showa qui le passionnaient tant lorsqu’il était enfant. C’est l’instant précis où un homme mûr et une lycéenne, qui n’auraient normalement aucun point commun, se retrouvent connectés grâce à un « livre ». »



Présentation officielle de l’exposition

Cette année, mon exposition personnelle à la librairie Kastori Shobo a pour thème le « livre ». J’avais très envie de proposer une exposition sur ce thème dans un lieu qui est lui-même une librairie.

Avant l’apparition des smartphones, il était tout à fait normal de croiser des gens en train de lire dans le train ou dans les cafés, alors qu’aujourd’hui, presque tout le monde regarde un écran. Je fais d’ailleurs partie de ces personnes qui lisent moins qu’avant et qui ne pourraient plus vivre sans leur smartphone. C’est précisément pour cela que l’objet « livre » m’est devenu si précieux et cher au cœur. Aimant le livre en tant qu’objet physique, j’ai voulu exprimer toute sa beauté à travers cette exposition.

Les peintures encadrées représentent des scènes de vie mettant en scène divers ouvrages. Les livres peints au sein de ces œuvres sont ensuite matérialisés sur de mini-toiles, donnant l’impression que les livres s’échappent des tableaux pour apparaître dans la réalité. J’espère que vous apprécierez cet univers de « mini-livres » sur mini-toiles.

« Mini Hon no Sekai-ten » (ミニ本の世界展 — L’exposition du monde des mini-livres), elle se tiendra à la célèbre librairie spécialisée Kastori Shobo située à Tokyo, dans le quartier de Yoshiwara (Taito-ku)

« Kastori Shobo est l’unique librairie du Japon spécialisée dans l’histoire des quartiers de plaisirs (Yuwaku). C’est précisément au sein de cet espace empreint de souvenirs et d’une douce mélancolie que l’atmosphère peinte par Rina Yoshioka entre en parfaite résonance pour toucher le cœur des visiteurs.

Découvrez le monde fascinant des « mini-livres », un univers chaleureux, empreint de nostalgie et revivant avec intensité sur de minuscules canevas. Que vous soyez amoureux des livres, désireux de vous plonger dans l’ambiance nocturne de l’ère Showa, ou curieux de découvrir le nouveau défi artistique de Rina Yoshioka, nous vous invitons chaleureusement à venir nous rendre visite dans le quartier historique de Yoshiwara, près d’Asakusa. »

• Dates : Du 21 au 29 novembre 2026 (Fermé le mardi 24 novembre).

• Horaires : De 12h00 à 18h00 (jusqu’à 17h00 le dernier jour).

• Lieu : Librairie Kastori Shobo (1F, 3-21-14 Senzoku, Taito-ku, Tokyo)

Site : Blog officiel de Kastori Shobo.



Mes autres billets sur l’art de Rina Yoshioka ici

Ju-on : The Live, au théâtre avec Kayako



Cet été, j’ai commis un larcin au Golden Gai. C’était après minuit, l’heure du crime, et je suis tombé en arrêt devant une grande affiche scotchée dans un escalier. « Ju-on, The Live ». Kayako, plus sinistre que jamais, émergeant d’une flaque de sang où ses victimes sont englouties, comme une parfaite image de l’enfer. Quelle splendeur ! Calculant mes chances, proches de zéro, de dénicher cette affiche avant mon départ, je la décollais prestement et la roulais en tuyau. Ni vu ni connu. Hmm… pas si sûr.

« – Franchement, tu te plains, mais tu fais tout pour te retrouver hanté.

– Je sais bien mais comment résister ?! »

C’est quoi d’ailleurs ce « Ju-on : The Live ? »

Après les Direct to Video, les films, les adaptations américaines, télévisées et les « battles » avec Sadako, Kayako Saeki et le petit Toshio ont donc brûlé les planches en 2023, l’affiche dérobée étant celle de sa reprise cette année. La pièce n’adapte pas les films mais, de judicieuse façon, les deux premiers DTV, renommés en Europe The Curse. 

C’est donc le meurtre de Kayako et son fils, et leur retour spectral, qui sont relatés dans un espace scénique à 360° : la scène représentant la demeure des Saeki tourne pendant la représentation, ne présentant jamais une face unique. Les spectres peuvent surgir de tous les côtés, y compris au milieu des spectateurs. 


Et bien sûr que serait un Ju-on sans le bruit de gorge de Toshio ? Celui provient de haut-parleurs dissimulés autour et au-dessus des fauteuils, faisant craindre que l’enfant à la peau bleutée ne surgisse derrière vous.

« Kayako est apparu juste devant moi, et j’ai croisé le regard de Toshio sur scène, ce qui a créé une impression de réalisme incroyable. » (Tanimoto pour le site Synchronous, voir ici)


La salle est entourée d’un rideau noir, semblable à de la gaze, qui sert d’écran pour la projection d’images. 

Cependant, le plus étonnant semble la mise en scène d’actions parallèles appartenant à des époques différentes dans divers endroits de la maison. On retrouve ici les boucles et superpositions temporelles chères à Shimizu.

« Pour cette série de représentations, la salle est divisée en quatre catégories de places : le « Siège le plus terrifiant » (déjà complet), les zones « Malédiction » (Ju) et « Rancœur » (On), ainsi que la zone « Fuite » (Nige), spécialement conçue pour les personnes qui n’aiment pas l’horreur. Mikie Hara, qui interprète le rôle de Kyoko Suzuki, souligne d’ailleurs : « Je pense que l’on fait des découvertes différentes selon le siège que l’on occupe. » Il est donc fortement recommandé de renouveler l’expérience depuis plusieurs zones tout au long de la période d’exploitation. » 

(Kazuma Kubota, pour le site The Movie Walker, voir ici)


Le décor et sa scénographie ont été conçus par Hirofumi Gomi, dont je parlais dans le billet consacré aux obakeyashiki (voir ici). Autant dire que c’est un virtuose qui joue ici avec les nerfs des spectateurs.

Plus que le Grand-Guignol, le dispositif immersif rappelle le kabuki où une passerelle partant du fond de la scène s’avançait au milieu des spectateurs, accentuant ainsi la proximité des spectateurs avec les samouraïs et fantômes. « Ju-on : The Live » est donc un retour à l’art théâtral des fantômes.