une demande ou une proposition, mais un oracle, une imprécation : tu joueras le
rôle du chirurgien dans les mains d’Orlac ! Ruiz est alors comme la femme-chat,
Elisabeth Russell, qui s’approche de la table d’Irena et l’appelle Moia
sestra, ma sœur.
claudication lui donne un faux air expressionniste, ravivant chez Ruiz le
souvenir d’un Herr Doktor contrefait. Peut-être. Ruiz est en effet un grand
amateur de séries B hallucinées comme le Chat noir d’Ulmer qui
fait partie avec Mad Love et Freaks des trois
films-cultes du fantastique années 30.
homophonie avec Choule, la première locataire de Polanski) : une créature
difforme, malfaisante, qu’il appelle un moment Glou (pour Gloucester), surnom
grotesque et un peu effrayant
Gogol, le chirurgien de Mad Love mais comme Conrad Veit, Orlac dans la version
de Robert Wiene, qui marche dans les ténèbres, les bras tendus tel un
somnambule, comme tiré par ses mains fantômes.
pas s’en souvenir, mais c’est lui-même, le premier, qui a évoqué Les
Mains d’Orlac dans Ingrid Caven, décrivant les doigts de
Jay, le pianiste du Grand Hôtel Et Des Palmes : » On les eût dit greffés à
un corps d’athlète, à l’inverse des Mains d’Orlac, le film avec
Peter Lorre, où on coud à un délicat pianiste de concert qui a perdu ses mains
dans un accident de train, celles, trop robustes d’un assassin guillotiné le
jour même. »
d’Orlac, le roman original de Maurice Renard. Il y a, dans le roman, un
mannequin spirite, nommé Oscar, et qui prend vie sous le beau nom de
Spectrophélès. Les sortilèges du mannequin animé rappellent ce cauchemar de
dandy qui revient à la mémoire de Schuhl : que ses vêtements acquièrent une vie
propre et finissent par le remplacer. Il y a aussi ce double négatif et
phosphorescent créé par la radiographie.
porno, j’ai songé, et X de l’inconnu et du mystère ».
brigands… Mais quels brigands ? Terrestres, humains ?… Infrarouge, exactement,
qu’est-ce que ça veut dire ? Infrarouge, ultraviolet, lumière invisible, rayons
X… (Ah ! rayons X ! X, comme les couteaux !) En somme, la bande infrarouge,
cela signifierait : bandits traversant les solides, opaques ou transparents ?
«
obscures et souterraines. Et dans la nuit, c’est une chanson qu’il nous fait
entendre, la plus terrible des chansons, la plus cruelle et la plus lucide.
A la différence de la version de Robert Wiene, Orlac n’a chez Freund qu’un rôle
secondaire. Le vrai sujet du film est l’amour fou du Dr Gogol pour la femme du
pianiste, Yvonne, une actrice du Grand guignol appelé ici Théâtre des Horreurs.
Gogol rachète au théâtre, la statue en cire de l’actrice pour laquelle il joue
de l’orgue. Dans l’appartement du chirurgien où elle s’est introduite pour
innocenter son mari, Yvonne prend la place de la statue. Mais de sa joue,
égratignée par les griffes du perroquet blanc de Gogol, perlent des gouttes de
sang. Gogol croit la statue revenue à la vie et sombre dans la démence. Tu es
vivante Galatée, lui dit-il, se prenant pour Pygmalion.
vers d’Oscar Wilde :
C’est elle, la chanson criminelle, qui fait superposer à Ruiz la figure de
Gogol sur celle de Schuhl ; fil d’Ariane entre Mad Love,
Fassbinder, Ingrid Caven et Jean-Jacques Schuhl.
doucereux Kurt Raab sur Peter Lorre, en particulier dans Tenderness of
the Wolves d’Ulli Lommel (non réalisé par RWF mais sous forte
influence) où il s’inspire autant de M. (le monstre hantant la république de
Weimar) que de l’allure du Dr. Gogol.
chanté par Jeanne Moreau dans Querelle. Ingrid Caven en donne en 1996 sa propre
version dans l’album Chambre 1050, dont la plupart des chansons sont écrites
par Schuhl et mises en musique par Raben. Faut-il y voir, de la part de Caven,
une volonté de réappropriation d’une chanson et d’un rôle qu’elle aurait dû se
voir attribué ? On sait la jalousie féroce des « femmes » de Fassbinder
entre elles.
d’évoquer Les Mains d’Orlac, Schuhl cite le poème.
chez Oscar Wilde et le faisait chanter à Jeanne Moreau en tenancière de bordel
dans Querelle de Brest, le film, son dernier, sur un air de
bastringue, une charmante ritournelle (…).
la forme Schuhl/Caven/RWF, bien qu’on ne puisse pas dire qui, de Schuhl ou de
RWF, endosserait les rôles du pianiste ou du chirurgien. On peut bien sûr
imaginer RWF en Gogol, aussi monstrueux que Peter Lorre sur la fin de sa vie,
voyant Caven, sa création, lui échapper ; projetant même d’envoyer ses gouapes
dont Günter Kaufmann, le soldat américain, l’enlever à Paris. Pourtant, c’est
bien Schuhl qui devient Pygmalion et se réapproprie la figure aimée en la
transformant non en statue mais en livre. La statue reproduisait les traits
d’Yvonne Orlac jusqu’à dépasser la mimésis pour atteindre l’incarnation, le
roman se nomme Ingrid Caven.




























































