Le café Le Temps, féérie de Shinjuku

Cette année encore, je reviens rêver au café Le Temps.


A chaque voyage je constate l’érosion de la ville que j’aime, et la disparition de lieux, de choses et malheureusement de gens, mais ce qui ne change pas à Shinjuku, c’est le café Le Temps, puisque le temps s’y est arrêté, quelque part à la fin des années soixante, dans un rêve d’Aquirax Uno, l’illustrateur féérique qui, dans ses dessins, fait se croiser  Cécile de Bonjour Tristesse, Tadzio de Mort à Venise, et Alice de Lewis Carroll et sa chatte blanche, Ondine de Giraudoux et les petites magiciennes chevauchant des escargots, car dans les rêves le temps n’existe pas, et le passé et le futur ne sont jamais que les échos d’autres rêves, ceux qui s’évaporent au réveil  mais qui pourtant existent bel et bien dans ce pays où l’on ne peut entrer que de 18h à 29h, et dont le café Le Temps est l’une des portes, et ne laissez personne vous dire le contraire. 

Et la divinité qui règne sur le temps est cette prêtresse au sablier qui pointe son index vers le ciel.

Non rien ne change au café le Temps, si ce n’est les serveurs, mais qui se ressemblent au fil du temps, choisis pour leur élégance et leur beauté androgyne, et Kaori qui est toujours là depuis le premier jour où je suis entré au Temps, il y a dix ans, il y a quinze ans, il y a vingt ans, je ne sais plus. 


Parfois une nouvelle décoration apparait comme cette fille qui rêve au milieu des étoiles, peinte par un étudiant de vingt-cinq ans, et peut-être est-ce elle qui rêve du Temps, et qui permet au café d’exister.


D’autres billets sur Le Temps ici et ici
Qui est Aquirax Uno ici et ici et ici
Le Temps et L’Angle du hasard ici

Marie-Vison, Oeil de chat et vampires malicieuses. Quelques dessins d’Aquirax

On ne connait pas
vraiment Aquirax Uno en France, excepté ses affiches pour Terayama. C’est
pourtant l’un des plus délicats et personnels dessinateurs des années 60-70. On
croise dans ses dessins des Twiggy japonaises élancées mais aux yeux toujours
mélancoliques, des éphèbes au sexe transformé en fleurs, de suaves vampires et
des jolies sorcières. 

Tokyo 2015 #3. Le Temps

C’est un bar de Shinjuku, mais je ne vous en donnerai pas l’adresse. Son nom est l’un des plus beaux qui soit : Le Temps. Et il est ouvert de 18h à 28h30, tout pour en faire un de ces lieux à la croisée des mondes comme ceux que l’on trouve chez Rivette, comme dans Out 1, la librairie A l’angle du hasard (voir billet ici). Outre son nom, ce qui rend unique Le Temps est qu’il a été conçu par l’illustrateur Aquirax Ueno (voir billet ici), l’un des plus fascinants des années 70. On reconnait son style psychédélique et précieux, imprégné de culture française, dans les  affiches qu’il a dessinées pour Shuji Terayama, par exemple L’Empereur Tomato Ketchup et La Marie-Vison.  Au Temps, une grande fresque d’Aquirax, rappelant celle de Klimt à Vienne, couvre les murs et partout des affiches, des livres, des faïences.  Il vient parfois y prendre un verre, mais il n’était pas là ce soir. Rien à regretter puisque cela permet de faire la connaissance de l’adorable Kaori et de ce barman, dont je ne me rappelle plus le nom mais dont la grâce est telle qu’aucun Européen, en comparaison, ne pourrait se prétendre un dandy.