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Les Funérailles des roses par Bertrand Mandico
Muhammad “UCUP” Yusuf
A native of Yogyakarta, Muhammad “UCUP” Yusuf has been involved in artbased protests as part of the Taring Padi collective since the late 1990s. He
believes that art is an invaluable tool that fosters understanding and tolerance in
society. His newly created woodblocks and woodblock prints reveal his efforts
for social change while offering a glimpse of some of the rural communities
that are close to his heart. The intricately executed images narrate stories on
current disputes over land expropriation and illegal development in Indonesia.
Black Coal Dark Energy, for instance, refers to a recent debate about a coal
power plant in Central Java. It shows a sea of solemn-faced people beneath
angry signs with statements including “Don’t take our land” and “Why state
violence against own people.” A larger banner reads “Land and water, our flesh
and our blood, we take care until the end” echoing the resolution of the people.
The choice of medium of woodblock engravings is significant as throughout
history it has been harnessed to create political propaganda.
Yogyakarta, where he graduated in 2005. Alongside a number of prominent
private collections in Indonesia and abroad, his works are in the permanent
collections of the Palace Museum Yogyakarta, Indonesia; Singapore Art
Museum; Fukuoka Asian Art Museum, Japan; and the Queensland Art Gallery
of Australia. His work has been exhibited at such institutions as the Museum
of Contemporary Art Lyon, France; Yokohama Museum of Art, Japan; and the
Jogja National Museum, Indonesia.
Kuniyoshi Kaneko, La Marie-Vison (pièce de Terayama), 1983
Eikoh Hosoe. Tatsumi Hijikata dans Kamaitachi, 1969
Hajime Sawatari, Simon the actor, 1972
Une image par jour #12
de l’acteur et créateur de poupées Yotsuya Simon.
Le bruit des chrysanthèmes . Duo Henritzi x Higashi
clôture une performance de Michel Henritzi (lapsteel) et Yôko Higashi (danse), en
clôture de l’exposition Provoke.
(ici) de leur collaboration
comme le cri des ombres blanches gravé sur les pierres tombales de Hiroshima.
Nous n’avons pourtant rien vu à Hiroshima, ni à Alep, ni ailleurs. D’autres
âmes s’évaporent et tournent sans fin dans la nuit depuis, encore, chaque jour
recommencé …
façon d’une calligraphie sur une toile sonore bruitiste jouée du côté d’une
« Metal Machine Music ». Danse nourrie par le butoh, plus que dans sa
répétition, réapprendre a danser avec nos ombres, nos fantômes, les yokai
modernes grimaçants. Le bruit est celui du corps de la danseuse, de son
souffle, les chrysanthèmes comme des particules sonores recouvrant sa danse,
l’espace intérieur/extérieur. Le bruit des pétales qui tombent au sol,
insoutenable, indicible.
couteau de l’existence, let it bleed. Viendra le silence de nos prières. »
?
le lieu de la performance (la salle en sous-sol du BAL), comme s’il y avait une
histoire à suivre sans qu’elle soit concrètement visible à travers mes
mouvements. Au moment de la performance, en recevant la musique dans mon corps,
j’ai improvisé tout en gardant cette sorte de cette « trame » à l’intérieur de
moi.
totalement improvisée. Je pense tout de même qu’il y avait quelques intentions
de la part de Michel pour ce duo. Son impro n’est pas venue d’un état complètement
blanc ou vide.
à l’école media art EMA fructidor à Chalon, en juin 2016.
noise ».
C’est Michel qui l’a nommée ainsi. Le
chrysanthème est une fleur pour les morts. Toutes les catastrophes humaines
récentes sont ancrées en moi, comme chez la plupart de gens. je suis
traumatisée par certains évènements
comme la catastrophe de Fukushima, la guerre en Syrie par ex, et Je suis
plutôt pessimiste en raison de certaines réalités désespérantes comme ce
système créé par les banques et les multinationales sur lequel nous n’avons
aucun pouvoir bien que vivant en démocratie. Cependant, je ne voulais pas non
plus faire une performance illustrative ou accusatrice. Je ne veux pas mélanger
ma pratique artistique à mon engagement personnel. Je crois que c’est pareil
pour Michel. J’ai réalisé la performance en pensant vraiment au contenu de
l’expo Provoke. Ce titre est venu lors de notre première performance à Chalon.
public déterminer si c’est du Butô ou pas !
a-t-il un sens particulier ?
autour de mes yeux (et quant à ma bouche, je n’ai rien mis !), mais cette fois,
en regardant l’expo, j’ai décidé de le faire. Cela faisait partie de mon costume
qui allait avec cet espace, entouré des photos de Provoke.
Pourquoi ?
ce n’était pas une culotte mais un « tsun-string
de danseur de Buto » sur lequel j’ai cousu des plumes noires pour donner
l’impression qu’il s’agit de poils anormalement touffus. D’ailleurs, lorsque j’ai
interprété une pièce de Buto chorégraphiée par Masaki Iwana il y a plus de
10ans, le tsun avec des faux poils
(ce n’était pas des plumes alors) faisait partie de mon costume.
de leurs photographies comme du « matériel provocateur pour la pensée »
et j’y ajoute ma vision « provoke » comme performeur-danseuse. C’est-à-dire
une connexion directe et instantanée entre le corps et la pensée, et cela rejoint
le Bûto. C’est cela « Provoke » pour moi.
Shuji Terayama parle des Fruits de la passion
que
dans cette tradition japonaise à laquelle nous devons les plus belles
manifestations érotiques de l’art universel ? Ou, sollicité par l’Occident,
est-ce l’héritage de Georges Bataille que vous entendez recueillir dans Les
Fruits de la passion ?
question que soulève Bataille. Cela nous conduirait à parler trop longuement de
la tradition occidentale de l’érotisme. Pour moi, le sexe est un mode de
communication, une forme de jeu, une méthode pour organiser le hasard des
rencontres et dévoiler l’être le plus obscur. C’est un des rares paris qui
n’ait pas nécessaire- ment l’argent pour enjeu. C’est aussi ce qui s’oppose
radicalement à la science ou au sport : l’érotisme n’existe que dans
l’imaginaire.
dans l’iconographie des Fruits de la passion, vous conjuguez les signes
érotiques de l’Orient et de l’Occident.
cette dichotomie de l’Orient et de l’Occident. Leur interpénétration stimule
mon érotisme bien davantage que les estampes d’Utamaro ou de Hokusai, par
exemple. Je me suis efforcé de créer un mode de représentation qui me soit
propre. A vous de décider si je suis davantage dépendant des codes réputés
japonais ou occidentaux. Dans Les Fruits de la passion, l’érotisme est associé
à l’incomplétude ou à la maladie. Voyez les pensionnaires de la maison de
fleurs : l’une est mythomane, la seconde est autistique, une troisième est
phtisique…
psyché féminine ?
que l’une des pensionnaires n’a pas, l’autre l’a. Elles cohabitent parce
qu’elles sont les effigies d’un monde où tout a valeur d’échange, le sexe comme
l’argent, les objets comme les symboles. C’est ce que O comprend à la fin du
film : peut-être peut-elle commencer à vivre dès lors qu’elle n’est plus
soumise aux lois de l’échange.
monochromes qui nous paraissent renvoyer à un imaginaire spécifiquement
cinématographique. Etait-ce une façon de désigner, ou de dénoncer, l’illusion
que vous instituez ? Qu’attendez-vous des techniques du collage ?
Lautréamont, par les rencontres inattendues qu’il suscitait en rapprochant des
éléments parfaitement hétérogènes, tels qu’un parapluie et une machine à coudre
sur une table de dissection. Sawako Goda et moi-même nous sommes; inspirés de
vieilles photos pour peindre des panneaux que nous avons intégrés dans le décor
en fonction des personnages qui les côtoieraient.
supplantée par celle du Père. Dans le fantasme de O, le Père dessine une prison
en traçant autour de l’enfant un carré de craie. Byakuran, une des prostituées,
retrouve sous les traits d’un client le père qui exigeait d’elle toute sorte…
de chienneries !
sous le signe de cette absence. Qu’il s’agisse de politique, de religion ou
d’érotisme, nous sommes tous à la recherche du père absent. O bien sûr, mais
les révolutionnaires aussi, qui attendent de Sir Stephen qu’il soit leur
protecteur.
fleurs, quelle place assignez-vous donc à la Révolution ?
clowns de cet univers. Ils ne savent pas encore que la Révolution politique
n’est qu’un aspect de la Révolution. Ils ne voient que la réalité matérielle,
là où les filles, enfermées dans leur subjectivité, ne connaissent, elles, que
ce qu’elles ressentent. Le monde des prostituées est traité en couleurs, celui
des émeutiers est monochrome, du moins au début du film. C’est le jeune garçon
qui fait la liaison entre les deux mondes. Lorsqu’il pénètre dans celui de O,
le film devient entièrement en couleurs. Nous parlons de «clowns», mais
n’oubliez pas que ces clowns ont bien souvent contribué à changer le cours de
l’histoire. Sans leur révolte, sans la «folie» de mes filles, l’humanité
pourrait-elle progresser ?
Œdipe Queer (sur Funeral Parade of Roses – 薔薇の葬列)
1969, dans la frénésie artistique, politique mais aussi érotique qui
électrisait alors le Japon, Toshio Matsumoto, cinéaste venu du documentaire et
de l’expérimental, décide de réécrire l’histoire d’Œdipe dans le milieu des
travestis et des bars gays. Les Funérailles des roses, c’est Œdipe à
Shinjuku ou, si l’on veut, Œdipe Reine, sous forte influence de Notre-Dame des fleurs de Jean Genet. Son ascendance secrète se fera sentir
aussi bien chez le Kubrick d’Orange
Mécanique (qui en reprend les accélérés musicaux) que chez le Gus Van Sant
de My Own Private Idaho qui
transpose, dans un style tout aussi pop et éclaté, Falstaff de Shakespeare chez les prostitués homosexuels de
Portland.
par la mythique ATG, Les Funérailles des roses a pour héros Eddie, un jeune travesti d’une grande beauté, hanté par
des souvenirs d’enfance cauchemardesques. Lorsqu’enfin Eddie croit avoir trouvé
la paix, il s’aperçoit que son amant (interprété par Yoshio Tsuchiya, l’un des
Sept samouraïs), patron d’une boîte de nuit, n’est autre que son propre père,
qu’il n’a jamais connu.
premier travestissement, typiquement camp,
est l’inversion du sexe des personnages du mythe. Malicieusement, Matsumoto
oscille entre un univers de fantaisie baroque (le club se nomme le Bar Genet), et la description
documentaire du milieu gay japonais. Bien que Mishima y ait situé plusieurs
de ses ouvrages et que des figures cultes comme Carrousel Maki et Akihiro Miwa
(le Lézard noir de Fukasaku) en aient
émergées, pour la première fois, un cinéaste consacrait un long métrage à cet
univers encore confidentiel. Matsumoto offre les premiers rôles de son film à
des non-professionnels recrutés dans les clubs, mais il leur donne surtout la
parole. Il recueille les témoignages d’êtres qui, bien que parfois suicidaires
ou désespérés, affrontent la société avec courage.
marginalité intense de ces Tokyo Dolls
permet à Matsumoto de dessiner les contours d’une scène underground japonaise proche
de celle des américains Jonas Mekas et surtout Andy Warhol. La vie nocturne
tokyoïte où se brouillent les identités sexuelles et les désirs, devient une
Factory à ciel ouvert, où brillent des Superstars comme le jeune travesti Peter.
Matsumoto le rebaptise Eddie, jeu de mot sur Œdipe, mais aussi hommage à Eddie Sedgwick dont Peter possède les
paupières noircies, le visage juvénile et la silhouette de nymphe. Matsumoto
raconte comment, alors qu’il écumait les bars gays avec son équipe, Peter est
apparu, irradiant de lumière, captant les regards et imposant le silence autour
de lui. Cet éblouissement, Peter le conserve tout au long du film, jusqu’à la
cécité qui, comme dans le mythe, achève son destin. Lors des scènes d’amour,
Matsumoto irradie, parfois jusqu’au négatif, le corps du jeune homme, faisant
de la lumière son premier travestissement. Cette ascension d’une figure
aveuglante du désir renvoie à Jack Smith et à l’orgie blanche de Flaming Creatures, où, aussi bien que
les ténèbres, la surexposition confondait et mêlait les corps et les identités.
un feu-follet, Peter traverse tous les univers, qu’ils s’agissent des clubs
gays, des plateaux de films pinks ou
de l’appartement d’une communauté de cinéastes expérimentaux. Matsumoto filme
avec humour ces jeunes révolutionnaires, qui tordent les images d’une
télévision pour les refilmer en 16mm, et citent fièrement les théories de
« Monas Jekass ». Mais plus profondément, ni les travestis, ni les
cinéastes ne répondent à la norme ; créatures paniques, ce sont les agents du
désordre, qu’il soit sexuel, social ou
artistique. Même à Tokyo en 1969, l’androgyne reste une figure du chaos.
Peter devient le réceptacle de visions que Matsumoto emprunte au pan psychédélique
du cinéma expérimental : les flicker de Tony Conrad, les spasmes épileptiques
de Paul Sharits, les danses stroboscopées de Ronald Nameth. La trajectoire
d’Eddie est faite de moment de joie intense mais aussi d’errances
somnambuliques dans un ténébreux musée des masques et de crises d’angoisses qui
lui font perdre ses esprits.
le Mike narcoleptique de My Own Private Idaho,
Eddie est sujet à des absences qui fracturent le film. Il s’évanouit et reprend
connaissance à des moments antérieurs du récit, comme s’il cherchait dans le
temps un point précis. La perception d’Eddie est déréglée par un moment obscur,
refoulé, de son passé (le meurtre de sa mère), à l’origine de sa transformation
d’adolescent apeuré en jeune fille extravertie. Incognito, Eddie rejoue bien la
tragédie d’Œdipe, même si à la place d’être sacré roi Thèbes, il devient la
Mama-san d’un club gay. Tout en brodant sur le mythe sa fantaisie pop,
Matsumoto ne le néglige pas pour autant : le fatum reprend toujours ses droits par surprise, et de la plus
sanglante façon qui soit. Cette tragédie est celle de ces figures chatoyantes
qui s’étourdissent dans la nuit tokyoïte mais n’ignorent pas que leur place
n’est nulle part. Eddie, les yeux crevés, sort dans la rue et expose aux
passants son visage ensanglanté. Ce qu’il dévoile alors en plein soleil est
toute la violence de la société envers ceux qu’elle rejette dans la nuit.
article fait partie du dossier « Tokyo, années 60, L’esprit de Shinjuku »
paru dans les Cahiers du cinéma n° 662, décembre
2010.
dossier comprend également
pink et guérilla – entretien avec Masao Adachi (première interview française de Masao Adachi)
battre avec les images – entretien avec Koji Wakamatsu
aux artistes ! entretien avec Jim O’Rourke
L’Empereur Tomato Ketchup et les démons du Japon
aux 16e journées cinématographiques Dionysiennes, L’empereur Tomato Ketchup (1971) de
Shuji Terayama. Voici le texte que j’ai écrit l’an dernier pour le catalogue du
Festival des cinéma différents de Paris.
Sorti en 1972, L’Empereur Tomato Ketchup existe sous deux formes : un court
métrage, et une version de 71 minutes. Même au sein d’une filmographie comptant
plusieurs fleurons de l’avant-garde tels que
Jetons les livres et sortons dans la rue, L’Empereur Tomato Ketchup est une
œuvre à part, relevant d’un burlesque enragé et méchant auquel Terayama ne
reviendra pas. C’est aussi la seule incursion du cinéaste dans la satire
politique pure avant de s’épanouir dans des labyrinthes symbolistes composés
d’ombres, d’horloges et d’allumettes enflammées. Si la suite de sa filmographie
semble explorer un temps et un espace lui étant propre, le contexte est ici
primordial. Bien qu’on rattache Terayama à la Nouvelle vague japonaise des
sixties (il écrivit le scénario de Premier
amour version infernale de Susumu Hani), L’Empereur Tomato Ketchup se situe à son extrémité et débouche sur
autre chose : un underground « garage », plus violent et sale
que les œuvres d’Oshima ou Imamura, et pouvant rappeler, à cause de son 16mm
cramé, Flaming Creatures de Jack
Smith. Les années 60 se sont achevées avec le suicide de Mishima et peu après
la sortie de L’Empereur Tomato Ketchup, les
membres de l’armée rouge unifiée se livrèrent à d’absurdes purges staliniennes.
Quelque chose de cette de cette vision ubuesque du pouvoir passe dans le film.
Ces enfants, qui jouent à la guerre, à la politique et au sexe nous détestent,
nous les adultes. Ils envoient leurs parents dans des camps et se sentent plus
proches des chats, qu’ils qualifient de « seul animal domestique politique
existant » que de l’espèce humaine.
Même si l’usage que font les
enfants de leurs esclaves adultes fait encore frémir, il ne faut pas voir ces
petites créatures fardée et déguisées comme des enfants réels. Ils sont d’abord
des démons qui adoptent une apparence scandaleuse pour interpréter une pièce
sur la domination politique et sexuelle. Mais cet Empereur, tyran haut comme
trois pomme, qui est-il au juste ? Est-ce l’occupant américain, grand
enfant à la culture régressive et meurtrière ? Est-ce une caricature de la
jeunesse militante, qu’elle soit gauchiste ou fascisante, s’enfermant dans des
systèmes absurdes et autodestructeurs ? La violence et l’idiotie de l’Empereur et
de ses militaires en font naturellement des figures du chaos, hostiles à toute
forme de morale. Leur rejet de
l’autorité et des règles sociales des adultes dessinent une humanité
littéralement préhistorique, qu’on voit s’affronter dans des immeubles en
ruines. Terayama effectue un retour à l’esprit transgressif des peintres d’Edo,
peuplant leurs estampes de petite créatures obscènes et ricanantes. Cette
démonologie est typique de Terayama et de la région de son enfance : les
paysages désolés du nord du Japon, haut-lieu de la paysannerie mystique, des chamanes
et de la danse butô sous son occurrence la plus dark et hirsute. Avec ce
film unique, on mesure combien Terayama
et troupe d’acteurs furent eux-mêmes les
démons du cinéma japonais.























































