Lorsque le confinement à Paris me pèse, je m’éclipse dans une
peinture de Rina Yoshioka. Cette petite rue de Tokyo, avec ses enseignes de bars
et de « salons », nous replonge au début des années 70, dans la mythique
ère Shôwa. Si elle commence en 1926, Shôwa désigne plutôt la période allant des
années 50 à la fin des années 70. C’est l’ère des néons, des chansons Enka de
Fuji Keiko comme « Mes rêves fleurissent la nuit », des films de yakuza
et des roman porno de la Nikkatsu. Ce rêve dont Tokyo ne s’est pas tout à fait
réveillé, Rina s’en fait la médium. De ses études de cinéma, elle a gardé la culture
des films populaires et l’art du cadrage. C’est autant un pinceau qu’une caméra qu’elle
tient et braque sur le passé. Au premier plan, un vagabond de Tokyo qui vient sans
doute de faire une bonne affaire. Derrière lui, cette femme aguicheuse, la
cigarette à la bouche, en manteau de fourrure, et le regard dans l’axe du
spectateur, c’est son « actrice » et son double sans doute :
Naomi, que l’on a déjà croisée dans ses peintures en hôtesse de bar, prostituée,
chanteuse ou femme au foyer. Naomi est la femme de l’ère Shôwa, frivole, volontaire
et sentimentale, qu’on ne peut confondre avec les filles dévouées d’Ozu. Et derrière
encore, toute la petite vie de la rue, avec ce garçon traînant un chagrin d’amour
qu’une fille tente d’attirer dans son échoppe, cet homme en costard blanc,
peut-être le patron d’un des « salons » avec ses hôtesses. Les nuits
de l’ère Shôwa par Rina sont acidulées et malicieuses. Je ne résiste pas à l’œillade
de Naomi. Je ne sortirai de son bar que dans cent ans. Au moins.
Étiquette : Peinture
Trois films imaginaires de Rina Yoshioka
Une de ces dernières peintures est un triptyque de films
imaginaires, ayant pour titres, de gauche à droite : Sukeban Gang, La
Plongeuse sauvage (Yasei no Ama) et La Reine du quartier des plaisirs (Rakucho
no Jōō). La force d’incarnation des personnages et la sensualité des couleurs font
de ce triptyque une des plus belles œuvres de Rina.
imaginaires, ayant pour titres, de gauche à droite : Sukeban Gang, La
Plongeuse sauvage (Yasei no Ama) et La Reine du quartier des plaisirs (Rakucho
no Jōō). La force d’incarnation des personnages et la sensualité des couleurs font
de ce triptyque une des plus belles œuvres de Rina.
Si les films sont imaginaires, ils appartiennent en revanche
à trois catégories du cinéma d’exploitation japonais.
à trois catégories du cinéma d’exploitation japonais.
Sukeban Gang, est un film de jeunes délinquantes comme il s’en
tournait début 70 avec Reiko Ike et Miki Sugimoto (Girl Boss Guerilla, et Sex
& Fury de Norifumi Suzuki). Des gangs de lycéennes en uniformes se livraient
une guerre sans merci avant de s’allier contre un ennemi commun, généralement
le directeur sadique du lycée ou des yakuzas pervers. L’érotisme, le SM, et le
fétichisme des uniformes, n’empêchaient pas ses films d’être subversifs, et de
prôner une anarchie héritée des années rouges japonaises, rebelle à toute forme
d’autorité surtout lorsque celle-ci est incarnée par des figures machistes. La
sororité des héroïnes, la reprise des codes des yakuzas, comme le salut paume
ouverte où les loubardes déclinent leur identité, ont rendu cette série très
populaire chez les jeunes féministes rocks et les lesbiennes japonaises.
tournait début 70 avec Reiko Ike et Miki Sugimoto (Girl Boss Guerilla, et Sex
& Fury de Norifumi Suzuki). Des gangs de lycéennes en uniformes se livraient
une guerre sans merci avant de s’allier contre un ennemi commun, généralement
le directeur sadique du lycée ou des yakuzas pervers. L’érotisme, le SM, et le
fétichisme des uniformes, n’empêchaient pas ses films d’être subversifs, et de
prôner une anarchie héritée des années rouges japonaises, rebelle à toute forme
d’autorité surtout lorsque celle-ci est incarnée par des figures machistes. La
sororité des héroïnes, la reprise des codes des yakuzas, comme le salut paume
ouverte où les loubardes déclinent leur identité, ont rendu cette série très
populaire chez les jeunes féministes rocks et les lesbiennes japonaises.
La Plongeuse sauvage rend hommage aux films de pêcheuses de
perles qui plongent dans le pacifique parfois seulement vêtues d’un pagne. En Occident on les connait surtout grâce aux splendides
photographies de Fosco Maraini. Les premiers films comme Revenge of the Pearl
Queen de Toshio Shimura datent de 1954 et exploitent l’exotisme du Pacifique
sud (décor d’Anatahan de Josef von Sternberg) et des ballets aquatiques. Naturellement,
le genre deviendra une branche du cinéma pink dans les années 60, puis intégrera
le Roman Porno Nikkatsu dans les années 70 avec des films comme Clam-Diving Ama
(1979) de Shinichi Shiratori. On peut le rattacher aux films de gangs par l’unité
des costumes (mêmes réduits) des pêcheuses regroupées en « tribus ».
perles qui plongent dans le pacifique parfois seulement vêtues d’un pagne. En Occident on les connait surtout grâce aux splendides
photographies de Fosco Maraini. Les premiers films comme Revenge of the Pearl
Queen de Toshio Shimura datent de 1954 et exploitent l’exotisme du Pacifique
sud (décor d’Anatahan de Josef von Sternberg) et des ballets aquatiques. Naturellement,
le genre deviendra une branche du cinéma pink dans les années 60, puis intégrera
le Roman Porno Nikkatsu dans les années 70 avec des films comme Clam-Diving Ama
(1979) de Shinichi Shiratori. On peut le rattacher aux films de gangs par l’unité
des costumes (mêmes réduits) des pêcheuses regroupées en « tribus ».
La Reine du quartier des plaisirs ne se rattache pas à un
genre particulier mais à un type de personnage et d’environnement très
populaires dans le cinéma japonais. Mizoguchi par exemple offrit leurs chefs-d’œuvre
aux figures de prostituées avec Les Femmes de la nuit (1948) où l’on croise par
ailleurs un gang de jeunes délinquantes et La Rue de la honte (1956). La femme peinte
par Rina, appuyée à une gouttière et observée par un soldat américain est
typique de l’ère Showa avec ses cheveux bouclés et son chemisier à fleurs.
genre particulier mais à un type de personnage et d’environnement très
populaires dans le cinéma japonais. Mizoguchi par exemple offrit leurs chefs-d’œuvre
aux figures de prostituées avec Les Femmes de la nuit (1948) où l’on croise par
ailleurs un gang de jeunes délinquantes et La Rue de la honte (1956). La femme peinte
par Rina, appuyée à une gouttière et observée par un soldat américain est
typique de l’ère Showa avec ses cheveux bouclés et son chemisier à fleurs.
Qu’elle soit une délinquante adolescente, une chasseuse de perles
ou une prostituée, aucune de ces héroïnes n’est soumise et chacune regarde le « spectateurs »
dans les yeux. Rebelles à la société du miracle économique, paysannes luttant
contre les éléments ou prostituées vendant leurs corps pour survivre dans l’après-guerre,
le film imaginaire de Rina Yoshioka raconte avant tout les combats des femmes
japonaises.
ou une prostituée, aucune de ces héroïnes n’est soumise et chacune regarde le « spectateurs »
dans les yeux. Rebelles à la société du miracle économique, paysannes luttant
contre les éléments ou prostituées vendant leurs corps pour survivre dans l’après-guerre,
le film imaginaire de Rina Yoshioka raconte avant tout les combats des femmes
japonaises.
Rina Yoshioka : Spirit of Showa
Le 25 septembre, je rencontrais l’artiste Rina Yoshioka
(voir ce billet ici) à la galerie Arts Chiyoda de Ueno. J’en profitais pour lui
poser quelques questions dans un izakaya. Merci à Constant Voisin qui m’a servi
d’interprète.
(voir ce billet ici) à la galerie Arts Chiyoda de Ueno. J’en profitais pour lui
poser quelques questions dans un izakaya. Merci à Constant Voisin qui m’a servi
d’interprète.
Vous avez une prédilection pour l’ère Showa.
La thématique de l’ère Showa, ça fait partie de moi puisque
je suis née à cette époque mais c’était déjà la fin. Je me retrouve dans une
espèce d’entre-deux : c’est comme un fantasme entre ce que je connais et
ce que j’imagine. L’ère Showa a duré de 1926 à 1989 mais ce sont surtout les
années 60 et 70 qui m’intéressent. Comme je peins un monde que je ne connais
pas forcément, ça me donne l’impression d’approcher des existence qui me sont
assez lointaines. J’aime créer un contexte assez précis de l’époque, par le
biais de pancartes, de magazines, de pochettes de disques ou de devantures de
magasins ou de bars.
je suis née à cette époque mais c’était déjà la fin. Je me retrouve dans une
espèce d’entre-deux : c’est comme un fantasme entre ce que je connais et
ce que j’imagine. L’ère Showa a duré de 1926 à 1989 mais ce sont surtout les
années 60 et 70 qui m’intéressent. Comme je peins un monde que je ne connais
pas forcément, ça me donne l’impression d’approcher des existence qui me sont
assez lointaines. J’aime créer un contexte assez précis de l’époque, par le
biais de pancartes, de magazines, de pochettes de disques ou de devantures de
magasins ou de bars.
Vous peignez un type de femmes très érotiques, des hôtesses
de bar, des strip-teaseuses, mais ce ne sont pas des objets : elles sont
aussi indépendantes.
de bar, des strip-teaseuses, mais ce ne sont pas des objets : elles sont
aussi indépendantes.
Je peints les femmes que je trouve attirantes. Et c’est
effectivement lié pour moi : je suis une femme qui peint des femmes
érotiques et ça se rapporte à cette notion d’indépendance. Les femmes de cette
époque représentent bien cette ambivalence. J’aime particulièrement le visage
de Naomi Tani et dans le même genre Reiko Ike. Junko Fuji, elle-aussi, possède un érotisme très féminin et une sorte de puissance.
effectivement lié pour moi : je suis une femme qui peint des femmes
érotiques et ça se rapporte à cette notion d’indépendance. Les femmes de cette
époque représentent bien cette ambivalence. J’aime particulièrement le visage
de Naomi Tani et dans le même genre Reiko Ike. Junko Fuji, elle-aussi, possède un érotisme très féminin et une sorte de puissance.
Avez-vous des influences graphiques ?
Tadanori Yokoo. Je ne dirai pas que je fais des œuvres
similaires mais depuis l’enfance je suis très attirée par son
travail. Il y a aussi le fait que ce soit à la fois un peintre et un designer
et qu’il réalise aussi des affiches de pièces de théâtre. Il mène ces deux
activités en parallèle. Avoir représenté Ken Takakura dans des peintures
pop’art est vraiment une excellente idée.
similaires mais depuis l’enfance je suis très attirée par son
travail. Il y a aussi le fait que ce soit à la fois un peintre et un designer
et qu’il réalise aussi des affiches de pièces de théâtre. Il mène ces deux
activités en parallèle. Avoir représenté Ken Takakura dans des peintures
pop’art est vraiment une excellente idée.
Le monde de Rina Yoshioka (吉岡里奈の世界)
Il y a deux ans, je dénichais à
Taco-ché, la célèbre boutique underground de Nakano Broadway (Tokyo), un petit fascicule
nommé Eat it. Il s’agissait d’un malicieux mélange de gouaches, inspirées par
les affiches de cinéma et les magazines des années 70, et de plats japonais très
courants comme les ramen, le curry ou les sushis. Le résultat était drôle et
sexy. Je reconnaissais quelques clichés célèbres de Meiko Kaji ou Reiko Ike
mais les visages étaient légèrement modifiés : toutes ces femmes avaient
un air de famille.
Taco-ché, la célèbre boutique underground de Nakano Broadway (Tokyo), un petit fascicule
nommé Eat it. Il s’agissait d’un malicieux mélange de gouaches, inspirées par
les affiches de cinéma et les magazines des années 70, et de plats japonais très
courants comme les ramen, le curry ou les sushis. Le résultat était drôle et
sexy. Je reconnaissais quelques clichés célèbres de Meiko Kaji ou Reiko Ike
mais les visages étaient légèrement modifiés : toutes ces femmes avaient
un air de famille.
La créatrice de cet étrange livret de gastronomie pink se
nomme Rina Yoshioka et son concept « Le monde de Naomi ». C’est une
fantaisie sur l’ère Showa et les années 60 et 70 qui sont considérées comme son
zénith et dont l’un des prénoms les plus populaires était Naomi, comme celui de
la chanteuse Naomi Chiaki ou de l’actrice SM Naomi Tani. Qu’elle soit yakuza, femme
au foyer, mama-san, hôtesse, office lady ou paysanne, Naomi est l’unique héroïne
de ses peintures, version ultra pop et ironique des bijin, ces « belles
personnes » des estampes de l’ère Edo.
nomme Rina Yoshioka et son concept « Le monde de Naomi ». C’est une
fantaisie sur l’ère Showa et les années 60 et 70 qui sont considérées comme son
zénith et dont l’un des prénoms les plus populaires était Naomi, comme celui de
la chanteuse Naomi Chiaki ou de l’actrice SM Naomi Tani. Qu’elle soit yakuza, femme
au foyer, mama-san, hôtesse, office lady ou paysanne, Naomi est l’unique héroïne
de ses peintures, version ultra pop et ironique des bijin, ces « belles
personnes » des estampes de l’ère Edo.
C’est comme si la peintre évoquait l’ère Showa, qu’elle est un peu trop jeune pour avoir connue, à travers ses
artefacts pop, parmi lesquels les films tiennent une place importante. Rina est diplômée de cinéma et de photographie,
ce qui explique sans doute la dimension narrative de sa peinture et sa
connaissance des codes visuels des affiches et photos d’exploitation. Mais ce n’est
pas tout : Naomi se retrouve sur des couvertures de magazines, des programmes
télévisés, des pochettes de 33t, d’anciens mangas et des affiches de misemono
(spectacles forains) en charmeuse de serpent. Elle appartient à ce monde de
papier qui dégorge des boutiques de livres et de revues d’occasion de Jimbocho,
le quartier des bouquinistes de Tokyo. Souvenirs
d’une époque bariolée, hédoniste, mais aussi rêveuse et mélancolique.
artefacts pop, parmi lesquels les films tiennent une place importante. Rina est diplômée de cinéma et de photographie,
ce qui explique sans doute la dimension narrative de sa peinture et sa
connaissance des codes visuels des affiches et photos d’exploitation. Mais ce n’est
pas tout : Naomi se retrouve sur des couvertures de magazines, des programmes
télévisés, des pochettes de 33t, d’anciens mangas et des affiches de misemono
(spectacles forains) en charmeuse de serpent. Elle appartient à ce monde de
papier qui dégorge des boutiques de livres et de revues d’occasion de Jimbocho,
le quartier des bouquinistes de Tokyo. Souvenirs
d’une époque bariolée, hédoniste, mais aussi rêveuse et mélancolique.
Dans le
monde de Naomi, on trouve des garçons aux chemises multicolores, les cheveux en
banane comme les chanteurs Tatsuya Watari et Akira Kobayashi, mais le plus souvent
ce sont des quinquagénaires chauves et ventripotents qui poursuivent l’héroïne de
leurs assiduités, la soumettent à d’odieux chantages, s’ils ne la ligotent pas
comme dans les récits érotiques d’Oniroku Dan. Une peinture est des plus intrigantes :
Naomi, version femme au foyer, est assise sur le carrelage de sa cuisine, le
chemisier légèrement déboutonné, et son panier à provision renversé, des
courgettes et des concombres jonchant le sol. Par la fenêtre, derrière elle, un
homme l’observe. Naomi, es-tu la Justine ou la Juliette de l’ère Showa ?
Es-tu une housewife perverse ou une innocente prostituée ? « Je veux juste
peindre des femmes avec une vie intéressante » répond Rina Yoshioka.
monde de Naomi, on trouve des garçons aux chemises multicolores, les cheveux en
banane comme les chanteurs Tatsuya Watari et Akira Kobayashi, mais le plus souvent
ce sont des quinquagénaires chauves et ventripotents qui poursuivent l’héroïne de
leurs assiduités, la soumettent à d’odieux chantages, s’ils ne la ligotent pas
comme dans les récits érotiques d’Oniroku Dan. Une peinture est des plus intrigantes :
Naomi, version femme au foyer, est assise sur le carrelage de sa cuisine, le
chemisier légèrement déboutonné, et son panier à provision renversé, des
courgettes et des concombres jonchant le sol. Par la fenêtre, derrière elle, un
homme l’observe. Naomi, es-tu la Justine ou la Juliette de l’ère Showa ?
Es-tu une housewife perverse ou une innocente prostituée ? « Je veux juste
peindre des femmes avec une vie intéressante » répond Rina Yoshioka.
Une interview en anglais de Rina
Yoshioka ici
Yoshioka ici
Sa Web Page ici
Muhammad “UCUP” Yusuf
J’ai découvert les gravures sur bois de l’artiste indonésien Muhammad “UCUP” Yusuf en novembre à l’exposition « Catastrophe and the Power of Art » du Mori Museum à Roppongi. C’était de loin les œuvres les plus marquantes. Avec le collectif d’artistes activistes Taring Padi, militant pour les droits des paysans, il mêle la magie, l’horreur et la politique, avec une énergie noire rappelant les comix underground et la grande peinture révolutionnaire d’Amérique du sud.
MUHAMMAD “UCUP” YUSUF
A native of Yogyakarta, Muhammad “UCUP” Yusuf has been involved in artbased protests as part of the Taring Padi collective since the late 1990s. He
believes that art is an invaluable tool that fosters understanding and tolerance in
society. His newly created woodblocks and woodblock prints reveal his efforts
for social change while offering a glimpse of some of the rural communities
that are close to his heart. The intricately executed images narrate stories on
current disputes over land expropriation and illegal development in Indonesia.
Black Coal Dark Energy, for instance, refers to a recent debate about a coal
power plant in Central Java. It shows a sea of solemn-faced people beneath
angry signs with statements including “Don’t take our land” and “Why state
violence against own people.” A larger banner reads “Land and water, our flesh
and our blood, we take care until the end” echoing the resolution of the people.
The choice of medium of woodblock engravings is significant as throughout
history it has been harnessed to create political propaganda.
A native of Yogyakarta, Muhammad “UCUP” Yusuf has been involved in artbased protests as part of the Taring Padi collective since the late 1990s. He
believes that art is an invaluable tool that fosters understanding and tolerance in
society. His newly created woodblocks and woodblock prints reveal his efforts
for social change while offering a glimpse of some of the rural communities
that are close to his heart. The intricately executed images narrate stories on
current disputes over land expropriation and illegal development in Indonesia.
Black Coal Dark Energy, for instance, refers to a recent debate about a coal
power plant in Central Java. It shows a sea of solemn-faced people beneath
angry signs with statements including “Don’t take our land” and “Why state
violence against own people.” A larger banner reads “Land and water, our flesh
and our blood, we take care until the end” echoing the resolution of the people.
The choice of medium of woodblock engravings is significant as throughout
history it has been harnessed to create political propaganda.
Muhammad “UCUP” Yusuf studied painting at the Indonesian Institute of Arts,
Yogyakarta, where he graduated in 2005. Alongside a number of prominent
private collections in Indonesia and abroad, his works are in the permanent
collections of the Palace Museum Yogyakarta, Indonesia; Singapore Art
Museum; Fukuoka Asian Art Museum, Japan; and the Queensland Art Gallery
of Australia. His work has been exhibited at such institutions as the Museum
of Contemporary Art Lyon, France; Yokohama Museum of Art, Japan; and the
Jogja National Museum, Indonesia.
Yogyakarta, where he graduated in 2005. Alongside a number of prominent
private collections in Indonesia and abroad, his works are in the permanent
collections of the Palace Museum Yogyakarta, Indonesia; Singapore Art
Museum; Fukuoka Asian Art Museum, Japan; and the Queensland Art Gallery
of Australia. His work has been exhibited at such institutions as the Museum
of Contemporary Art Lyon, France; Yokohama Museum of Art, Japan; and the
Jogja National Museum, Indonesia.
Born in Lumajang, Indonesia, 1975 | Lives and works in Yogyakarta
Extrait du catalogue REV | ACTION, CONTEMPORARY ART FROM SOUTHEAST ASIA, curated by Loredana Pazzini-Paracciani. Sundaram Tagore Gallery, 2015
le site de Taring Padi
Un squelette à Edo
A l’exposition From Eery to Endearing: Yokai in the Arts of Japan de l’Edo Tokyo
Museum, j’ai croisé ce très beau personnage. Quelle est la nature de ce
squelette sous la lune à la posture parfaite ? Comme celui à la couronne
de roses du Rubaiyat d’Omar Khayyam, comme
ceux aux crânes ornés de la Santa Muerte, comme le spectre de Tappington qui observe coquettement sa mise
dans un miroir, ou comme Kriminal le plus beau costume des fumetti neri, notre squelette d’Edo est d’abord un dandy. Il semble
avoir conservé juste ce qu’il faut de chair pour s’en faire un pantalon sur mesure et une chemise de soie délicatement plissée. Parfaitement japonais,
il a compris que la beauté résidait dans le retrait de l’inutile. Pourquoi, une
fois mort, s’embarrasser d’une peau spectrale ou d’un visage ? Le
squelette n’a aucune nostalgie de son apparence passée.
Museum, j’ai croisé ce très beau personnage. Quelle est la nature de ce
squelette sous la lune à la posture parfaite ? Comme celui à la couronne
de roses du Rubaiyat d’Omar Khayyam, comme
ceux aux crânes ornés de la Santa Muerte, comme le spectre de Tappington qui observe coquettement sa mise
dans un miroir, ou comme Kriminal le plus beau costume des fumetti neri, notre squelette d’Edo est d’abord un dandy. Il semble
avoir conservé juste ce qu’il faut de chair pour s’en faire un pantalon sur mesure et une chemise de soie délicatement plissée. Parfaitement japonais,
il a compris que la beauté résidait dans le retrait de l’inutile. Pourquoi, une
fois mort, s’embarrasser d’une peau spectrale ou d’un visage ? Le
squelette n’a aucune nostalgie de son apparence passée.
























