Jours étranges à Tokyo vous souhaite une bonne année 2022 avec le célèbre Tiger Man de Shinjuku !
(L’homme-tigre de Shinjuku en 2017, livreur à bicyclette de choses diverses, rêveur et poète, et célébrité du quartier.)
Station / Eki (1981) de Yasuo Furuhata
Entreprendre une traversée du cinéma yakuza revient à surtout traverser la carrière de Ken Takakura. Aucun de ses rivaux/partenaires qu’il s’agisse du charmeur Koji Tsuruta, de l’énigmatique Ryo Ikebe, ou de l’incontrôlable Bunta Sugawara ne parviendront à lui ravir son titre de plus grande star du ninkyo-eiga. Son adoubement par Hollywood avec le Yakuza de Pollack est sans doute pour quelque chose dans cette mythification mais le culte était déjà bien présent au Japon avant 1974. Mishima le vénérait et le peintre pop’art Tadanori Yokoo voyait en lui une œuvre d’art, le représentait dans des posters et lui demandait de chanter sur ses disques.
D’ailleurs, les peintures de Yokoo sont à peine plus kitchs que les véritables affiches des films de Takakura, le montrant le torse nu couvert de tatouage, la posture féline, le sabre au poing et le regard noir. Avant Bruce Lee, Ken Takakura était l’acteur asiatique dont le dévoilement du corps était un évènement érotique mais aussi mortel.
Takakura n’aurait pu être remplacé par aucun de ses pairs dans le film de Pollack car il n’est pas un acteur du yakuza-eiga dans son ensemble mais exclusivement du Ninkyo-eiga, le film chevaleresque. Il s’éloigna du genre lorsque celui-ci, sur l’impulsion de Kenji Fukasaku se transforma en jitsuroku, le film documentaire, violent, parfois inspiré de la vie de vrais yakuzas. Même Koji Tsuruta y participa, se muant en chef de gang sanguinaire et Bunta Sugawara y prit d’une certain façon la suite de Takakura comme acteur emblématique. Si Takakura reste associé au Ninkyo c’est parce qu’il y incarne avant tout des valeurs : la fidélité au clan, la suprématie des intérêts collectifs, le sacrifice, la fraternité, la solidarité avec le peuple contre les industriels et les mauvais yakuzas. Il ne s’éloignera jamais de cette ligne. Impossible donc de le voir devenir un des chiens enragés de Fukasaku.
Dès ses débuts dans le genre, vers 1963, il est déjà une figure du passé, voire imaginaire. Les films se déroulent d’ailleurs le plus souvent entre 1900 et 1930. Avec lui le yakuza possède un statut flou et appartient souvent à un clan de travailleurs (poissonniers, mineurs, pompiers, acteurs) défendant son activité contre des rivaux mafieux. Si Takakura est au départ un jeune apprenti traversant le Japon pour parfaire son instruction, plutôt joyeux et charmeur, son jeu va peu à peu gagner en gravité au fur et à mesure où le genre va s’éloigner du peuple et ses revendications pour traiter exclusivement des questions d’honneur entre clans. Takakura exprime l’abnégation absolue : accroupi sur un tatami, en kimono dans la pose formelle seiza face à son chef ou son aniki, ses yeux sont toujours baissés et il répond dans un souffle.
Ses films sont un véritable manuel de politesse à l’usage des jeunes yakuzas si de tels codes ont encore lieu de nos jours. Ce qui caractérise Takakura est la timidité, la difficulté d’exprimer ses sentiments, avec ses frères de sang, son chef, mais dans ce cas on peut dire qu’ils se comprennent quand même – mais de façon plus douloureuse avec les femmes. D’où vient cette pudeur extrême ? D’un père absent, peut-être même yakuza lui-même, et d’une mère qui pour assurer sa survie est devenue prostituée et a été obligée de l’abandonner. Cette biographie classique, avec ses variations, trouve son origine dans le récit Ma Mère sous mes paupières maintes fois adapté. Le yakuza héroïque est un enfant pauvre parfois recueilli par son futur Oyabun, et qui jamais ne se montrera cruel avec les prostitués car il sait que c’est ainsi que sa mère s’est sacrifiée pour lui. La beauté fragile et blessée de Ken Takakura vient de ce passé commun aux grands personnages du Ninkyo.
La trame essentielle du Ninkyo-eiga conduit le personnage vers son sacrifice : l’attaque seul, ou en duo, d’un clan félon de plusieurs dizaines de yakuzas. C’est ainsi qu’il deviendra véritablement un « homme », souvent dans la mort dans les bras de son frère de sang. L’assaut final est précédé de ce que j’appelle la « marche vers le destin », un parcours souvent nocturne, accompagnée d’une chanson enka interprétée par l’acteur principal. Les plus belles « marches vers le destin » sont évidemment celles de Ken Takakura. C’est lui qui arrive le mieux à déplacer son sacrifice dans un champ purement symbolique et dont ses tatouages en font un emblème vivant.
Avec Takakura, le code d’honneur devenant un code de jeu d’acteur, et peut aussi bien s’exprimer hors du film de yakuza. En ce sens, il est proche de Gabin, y compris dans son parcours allant du jeune edoko (le titi de Tokyo) gouailleur, à l’acteur mûr, marqué et taiseux. Station de Yazuo Furahata, l’un de ses cinéastes de prédilection, date de 1980. Qu’il y interprète un policier n’entre pas en conflit avec ses rôles de yakuza – au fond jamais les gangsters japonais ne se disent ouvertement les ennemis de la police.
Station est un des plus beaux films de Takakura au seuil de sa vieillesse alors que sa beauté ne tient plus qu’à un fil, et que le visage est en train de perdre sa perfection. Le récit couvre 12 années de la vie de Mikami, un policier, et commence et s’achève dans deux gares sous la neige. Dans la première, en 1969, il dit adieu à sa femme et à son fils. Il ne peut assumer sa vie de famille et sa fonction de policier d’autant plus qu’il a été choisi comme instructeur de l’équipe de tir au pistolet pour les jeux olympiques de Rio. C’est certes un curieux motif de séparation. Dans la dernière, il quitte une autre femme dont il a dévasté la vie. Takakura passe par une série d’épisodes, de rencontres, où son activité de policier, toujours juste par rapport à la loi entraîne une part de malheur. Ainsi lorsqu’il abat des terroristes c’est le cri de colère de la mère de l’un d’entre eux, l’accusant de l’avoir assassiné, qui le hante. L’arrestation d’un serial-killer entraîne la séparation douloureuse avec la sœur/amante de celui-ci, une jeune file innocente. La correspondance que Mikami entretient avec lui jusqu’à son exécution reste énigmatique. Retournant dans la ville du tueur pour déposer des fleurs sur sa tombe, il rencontre Kiriko, une patronne de bar solitaire et entretient avec elle une courte liaison.
Les trois rencontres avec Kiriko sont accompagnées par le classique Funa Uta (Boat Song) d’Aki Yashiro, la grande chanteuse enka, passant directement à la télévision. Kiriko chante elle-aussi les paroles, puis elle raconte pourquoi les hôtesses de bar se suicident au début de l’année. Pas à cause de la solitude mais parce que leurs mecs, ces playboys idiots et sans cœur, reviennent à la maison les tourmenter. Parfois, lors d’une reprise de la chanson, la caméra sort du bar et Furahata filme la neige, les tombes, la tempête et les vagues qui se brisent sur les rochers.
Chieko Baishô interprète cette femme, belle mais usée, encore pleine de vie et de désir dans cet hiver sans fin, accroché à un vieil amour tragique et qui entrevoit l’espoir d’un nouveau. Et qui perdra les deux. La dernière rencontre avec Takakura alors que rien ne peut plus être raccommodé entre eux est poignante. La timidité de Takakura, lisant, bouleversé, des horaires de train, n’a jamais été si douloureuse. Ce que Yasuo Furuhata met en scène pendant la partie centrale de Station est en fait l’équivalent cinématographique de la enka. Une mama-san, un mauvais garçon, un homme au cœur pur mais marqué par le destin, un paysage de neige, un port. Tout un univers proche de la chanson réaliste française qui fait aussi ressembler le film de yakuza au réalisme poétique des années 30.
Le Chant du Marin
Je préfère le saké tiède
Je préfère les calmars grillés
Je préfère les femmes silencieuses
Je préfère les lumières tamisées
Quand je bois, je bois doucement
Seuls les souvenirs remontent
Si les larmes me montent aux yeux
Je chante un chant de marin
Laissez les mouettes me vider de mon sang
Je resterai au lit avec ma nana
Jusqu’à tard dans la matinée
Qu’importe que le magasin ne soit pas décoré
Je préfère voir le port depuis la fenêtre.
Il n’y a pas besoin de chanson populaire
Tant pis si la corne de brume souffle de temps en temps.
Quand je bois, je bois doucement
Mon cœur pleure
Si je pense à cette fille d’autrefois
Alors je chante un chant de marin
Si je bois doucement
La nostalgie remonte dans ma poitrine
Dans la nuit solitaire
Je chante un chant de marin
Si on explore les chaînes Youtube consacrées à la chanson japonaise, impossible de manquer Mikami Kan : crâne rasé, visage marqué de voyou, et surtout un chant rocailleux qu’on pourrait rapprocher de Tom Waits. Si l’on regarde une de ses vidéos live, on est marqué par aussi par sa façon de chanter debout, râblé, en brutalisant sa guitare.
Est-ce du folk, du blues, du punk, une sorte de free jazz ou encore autre chose ?
Une chose est sûre, on a envie d’en savoir plus sur le personnage et sur sa musique. Mikami Kan, guitare au poing de Benjamin Mouliets, est autant une biographie qu’un voyage à travers l’angura (underground) japonais des années 70 jusqu’à nos jours.
Un livre qui semble avoir été conçu dans les petits bars de Golden Gai à Shinjuku qui portent en eux cette mémoire.
La première donnée importante est la région où Kan vient au monde en 1950 : la préfecture d’Aomori, mythique pour être également celle des deux figures fondatrices de l’Angura, le dramaturge Shûji Terayama et de l’inventeur de la banse butô Tatsumi Hijikata. Le cri de Mikami est fortement relié à cette terre paysanne froide, rude, empreinte de mysticisme mais c’est à Tokyo, marchant sur les traces de son mentor Terayama, qu’il fera ses débuts de poète et de chanteur alors qu’il est âgé d’une vingtaine d’année. Ce qui fascine dans le livre de Benjamin Mouliets est le caractère épique de cette destinée : Kan devient une sensation des festivals folks, signe sur des labels prestigieux, ne connait pas le succès, tente un virage commercial, se décourage, connait la dépression, devient un chanteur itinérant sillonnant les petites salles du nord du Japon, bifurque en acteur de films pinks et de yakuzas… et il n’a pourtant que 27 ans, et d’autres aventures artistiques et humaines aussi chaotiques l’attendent !
Parmi les étrangetés de cette vie hors du commun, la révélation quasi mystique qu’il eut, alors qu’il était au fond du trou et dépressif, devant Big Wenesday (1978), le film de surf de John Milius. « Cramponné à son siège, il n’en finit pas de pleurer. Il retourne voir le film trois fois d’affilée, et tire de ses séances un enseignement vital de la bouche de Bear, le gourou devenu clochard céleste. « Ce n’est pas de l’imprudence, c’est défier le destin. » (…) « Un simple garçon de plage avait traversé le temps et l’espace pour toucher un simple garçon de la côte de Tohoku. »
Benjamin Mouliets explore toutes les facettes de la vie de Kan avec la même curiosité, considérant que même le cinéma pink, creuset d’activisme politique et de recherche formelle, fait partie de son œuvre au même titre que sa carrière musicale. Mais il y a aussi ses liens avec l’illustrateur eroguro Toshio Saeki qui dessine ses premières pochettes, ou sa participation à des mangas undergrounds, qui font de Kan une passionnante personnalité transmédia. Une figure transpolitique aussi qui, tout en éclosant en pleine période contestataire, voue une admiration jamais démentie à Mishima et côtoie des personnalités d’extrême-droite.
Ce qui concerne la musique de Kan est cependant la partie la plus dense de l’ouvrage. Kan est défini comme un « chanteur passionné », catégorie désignant un chant chargé d’émotion et outré, proche du sanglot parfois. Son genre d’origine n’est cependant pas le folk où il a été rangé souvent faute de mieux mais la enka, la musique sentimentale japonaise qui connait un renouveau dans les années 60. Kan est ainsi un grand admirateur d’Akira Kobayashi, un des jeunes premiers « rebelles » de la Nikkatsu à la fin des années 50, reconverti dans le film de yakuza. Kobayashi est l’image-même de l’edoko, le titi de Tokyo, charmeur et gouailleur, et un excellent chanteur de enka. Même si Kobayashi évolue dans un cadre commercial on comprend comment sa puissance vocale et l’expressivité de ses interprétations, ont pu influencer Kan.
Le titre fétiche de Kan est ainsi son adaptation en 1969 de « Yumewa yoru hiaku (les rêves éclosent la nuit), popularisé quelques mois plus tard par Keiko Fuji. La liste des amours perdus chantées par Keiko, devient chez Kan une suite de mentor philosophiques comme Marx et Sartre, et les désillusions sentimentales laissent place à une faillite des idéaux. La enka, genre fétiche des yakuzas, avec son imaginaire proche du « réalisme poétique » français, avec ses bars, ses ports, ses files perdus, ses mauvais garçons est en soi une forme d’underground ou au moins de vie parallèle au miracle économique. Cette enka, il va lui faire subir toutes les distorsions, la replonger dans violence de la terre d’Aomori, l’hybrider au Coréen, au free jazz et au noise.
A partir de la fin des années 80 et jusqu’à nos jours, le chanteur solitaire se diversifie, anime des émissions de radio, multiplie les collaborations, voyage à l’étranger et monte des formations éphémères avec des personnalité de l’avant-garde comme Keiji Haino. Si comme moi vous avez une connaissance superficielle de la scène musicale d’avant-garde japonaise, il s’agit de consciencieusement corner et annoter le livre de Benjamin Mouliets pour en faire un futur guide de recherches.
Pour que la connaissance des chansons de Mikami Kan ne reste pas virtuelle, de très nombreuses paroles sont traduites et permettent d’appréhender sa poésie un peu hermétique mais aussi souvent humoristique.
Un précieux CD contient deux extraits de concerts de Kan l’un en solo à la Malterie (Lille, 2008) l’autre en trio au sein du groupe Sanja (Tokyo, 2007).
Mikami Kan de Benjamin Mouliets est publié aux éditions Lenka Lente.
A commander ici
29 novembre
Outlaw Cop (1976) de Yûsuke Watanabe
Un film très étrange où Yoshio Harada joue un flic dont la
femme tombe amoureuse d’un yakuza et s’enfuit avec lui. Quittant la police, il
se lance à leur poursuite, motivé moins par la justice que par la vengeance. Il
traverse le Japon du nord au sud et, à chaque fois retrouve sa femme qui a
franchit un degré supérieur de
dégradation : simple intermédiaire, actrice de pornos clandestins,
prostituée.
Il couche avec elle à chaque rencontre, l’humilie cruellement,
l’utilise à son tour pour pister le yakuza et massacrer les gangs sur son
passage. Le yakuza est d’ailleurs un personnage peu charismatique et presque
absent mais son gang de façon délirante régner sur tout le Japon.
L’énergie brute et sexuelle de Yoshio Harada
est attaquée par cette femme qui revient sans cesse le tourmenter. Lorsqu’il
découvre le film porno super 8, il s’effondre, dégringole des escaliers, rampe
sur le sol, et improvise une explosion au gaz pour anéantir les yakuzas. Cette production des années 70 montre comment
le genre avait pu s’affranchir du cadre strict des films des années 60 pour
aborder des zones troubles que ne renieraient pas Schrader ou Abel Ferrara. Le
titre n’arrive qu’à la 18e minute !
30 novembre
Abashiri Bangaichi (1965) de Teruo Ishii
Premier épisode de la mythique série Toei et fleuron de la
filmographie de Ken Takakura. Le film, tourné en noir et blanc, est en soi une
ballade puisque la chanson, devenu un classique de la enka, interprété par
Takakura ponctue l’action. Le yakuza
emprisonné est comme d’habitude un « mama’s boy » qui ne songe qu’à
rejoindre sa mère malade d’un cancer, et sa petite sœur boiteuse (la fillette
infirme est un classique du mélo yakuza). La mise en scène magnifique de Teruo
Ishii transforme la prison d’Ibashiri en un enfer de neige au-dessus duquel
planent les corbeaux.
Obligé de suivre l’évadé frustre et vicieux auquel il est
menotté, Takakura va connaître une rédemption en sauvant ce compagnon qui se
révèle lui-aussi un être tourmenté. A noter aussi des situations franchement
homosexuelles lorsque celui-ci embrasse le visage de Takakura et lui reproche
d’être coincé lorsqu’il le repousse. Le final est fait pour arracher les larmes
et il faut avouer que ça marche parfaitement.
Ken Takakura se moquant de Kunie Tanaka
4 décembre
The Man from Abashiri Jail Strikes Again / Shin Abashiri
Bangaichi (1968) de Masahiro Makino
Ka-chan (Ken Takakura) revient de la guerre et après s’être
battu avec des GI’s écope de 4 mois de prison militaire. Il n’est pas sûr qu’il
s’agisse la prison d’Abashiri mais c’est en tout cas vers celle-ci que le
conduira son destin puisqu’il sera devenu un véritable yakuza.
Le film offre un
personnage assez rare à Takakura puisqu’il n’est au départ qu’un chinpira, un
petit voyou rouleur de mécanique qui intègre un clan de « mauvais »
yakuzas. Peu à peu, il va gagner en assurance, et devenir le chevalier du ninkyo
que l’on connait.
Ce rôle où il excelle dans la comédie, est presque un
« shin » Takaken. L’autre
intérêt du film est de montrer le Tokyo de l’immédiate après-guerre : un
champ de bidonvilles et de marché noir où les commerçants se font rançonner par
les gangs et oppresser par l’occupant américain. Les « panpan girls »,
prostituées de type occidental, hantent les rues et racolent ouvertement les
passants.
Les yakuzas se font tailler des costumes de gagnsters mal ajustés et
se prennent pour « Capone ». C’est un monde en train de changer
à toute vitesse que met en scène avec beaucoup d’éclat Masahiro Makino. Dans
les seconds rôles deux sympathiques habitués qui pourraient sortir d’un film de
cavalerie de John Ford : la brute naïve Rin’ ichi Yamamoto et l’ingénu Hiroyuki
Nagato, le jeune yakuza de Cochons et cuirassés d’Imamura.
Yaluza fashion : lors de la marche vers le destin, Ken Takakura porte son
imperméable sur ses épaules pour dissimuler son sabre, comme lors du flash-back
« ninkyo » du premier Abashiri Bangaishi.
9 décembre
Okinawa Yakuza War (1976) de Sadao Nakajima
Jitsuroku eiga coloré et violent, auquel la localisation à
Okinawa apporte un certain exotisme. En 1971, un an avant qu’Okinawa ne soit
rattaché au Japon, le film joue sur la confrontation entre un clan Yamato (pur
japonais) et des yakuzas locaux attachés à leur île et à leurs traditions.
C’est autant une guerre culturelle qu’une guerre des clans. Sony Chiba, dont il me semble que c’est un des
meilleurs rôles, et Hiroki Matsukata sont parfaits en frères de sangs
tragiques, chien enragés irréductibles à la peau cramée par le soleil du
Pacifique.
Nakajima se livre à des expérimentations assez insolites comme ces
deux plans brefs, en images fixes, de Matsukata couchant avec une prostituée,
ou ces projections de souvenirs derrière l’acteur.
Parmi les yakuzas : le
chanteur « passionné » Mikami Kan.
15 décembre
Trapped in Lust / Aiyoku no wana (1973) d’Atsushi
Yamatoya
Il y aurait sans doute une longue série de visionnages à
entreprendre sur les pinku-yakuza, d’abord parce qu’on se doute que certains
étaient financés par les clans comme une source de revenu rapide, voir un
blanchiment d’argent, ensuite par ce que des cinéastes, dont Wakamatsu,
faisaient plus ou moins partie du milieu. De façon plus explicite les yakuzas
apparaissent dans le roman porno comme des figures de la masculinité violente,
incarnation de la domination masculine et d’un patriarcat séculaire.
Le film est presque aussi
compliqué et irracontable que son modèle mais déplace la compétition des tueurs
sur le plan sexuel. Tant qu’il n’aura pas gagné le titre de number one, Hoshi, le
tueur à gage est frappé d’impuissance, d’autant que sa femme et sa maîtresse
sont violées et assassinées par des tueurs concurrents. C’est là qu’intervient
l’idée la plus dérangeante du film : les rivaux sont en fait un homme en
imperméable résistant aux balles et sa poupée de ventriloque, grandeur nature et fardée comme la baby Jane d’Aldrich.
A la fin on comprend que c’est la poupée
qui était un véritable tueur et l’homme une sorte d’automate. La sexualité d’Hoshi
se révèle donc aussi mécanique que sa capacité à donner la mort. Avec ces
créatures cauchemardesques, Atsushi Yamatoya se moque de la survirilité
affichée des yakuzas.
A noter dans le rôle de Yumeko, la prostituée qu’Hoshi ne
parvient pas à satisfaire, Nozomi Yasuda, héroïne d’un autre pinku-Yakuza, le
génial Erotic Code of Honor de Tatsumi Kumashiro.
17 décembre
Delinquent Girl: Alleycat in Heat / Furyô shôjo: noraneko
no seishun (1973) de Chusei Sone
Dans ce pinku « décontracté » de Chusei Sone, Hatoko
(Yuko Katagiri) une provinciale monte à Tokyo, se fait alpaguer par un petit
escroc, est revendue à des yakuzas, travaille dans des soaplands et des
spectacles érotiques, pour finir actrice dans une troupe underground.
Les
yakuzas sont une petite bande minable dans un bureau délabré. Pourtant Hatoko
tombe amoureuse de l’un d’entre eux, un garçon sensible, jouant du folk et de
la enka à la guitare, dont le classique « futen » Elégie en rouge (Sekishoku
Erejii) de Morio Agata et la chanson de la série de la prison d’Abashiri
bangaishi avec Ken Takakura.
Leur scène d’amour est d’une rare délicatesse dans
le cadre du pinku. Donc une chronique colorée du Tokyo du début des années 70
et de son petit peuple marginal, typique du cinéma foutraque de Sone.
18 décembre
Ishimatsu The Yakuza Something’s Fishy / Ninkyô kashi no
Ishimatsu (1967) de Norifumi Suzuki
Le scénario est un collage de films précédents se passant dans
le milieu des vendeurs ou convoyeurs de poissons du marché de Tsukiji à Tokyo, dans
le but de mettre en valeur le chanteur et acteur très populaire Saburo Kitajima.
Cette trame permet à Norifumi Suzuki de commencer le film dans le comique (une
irrésistible représentation théâtrale tournant à la catastrophe)et le
vaudeville ( la délicieuse Tomiko Ishii) pour s’achever dans un mélodrame
flamboyant et inventif, et de façon inattendue d’une grande émotion.
Le yakuza
flamboyant interprété par Teruo Yoshida dit à Minako Osanai : « Michi.
Je n’ai rien fait d’autre que te causer du souci. Mais c’est fini maintenant,
tu m’oublieras. »
Le destin du Yakuza est de ne laisser aucune trace de ce
qu’il considère comme une existence sans valeur, malfaisante et indigne de l’amour
que lui porterait une fille honnête. En cela il partage ce statut d’êtres éphémères avec les geishas et courtisanes qui mouraient de façon prématurée et
étaient jetées à la fosse commune. Comme ces femmes qui n’avaient de cesse de se
faire peindre par les grands maîtres de l’estampe, les yakuza ont trouvé dans
le cinéma une façon de combattre l’oubli. Des oyabun du passé ou contemporains se virent consacrés des biopics et certains franchirent le pas et devinrent
acteurs comme Noburo Ando. Mais au fond, ces films d’autolégitimation produits
par des yakuzas faisant pression sur les studios étaient surtout destinés à
eux-mêmes. A travers l’exaltation de ces
valeurs n’ayant plus cours incarnées par les glorieux Takakura et Tsuruta, les
Yakuza pouvaient établir une continuité avec leur passé supposé héroïque. Ils
pouvaient pleurer en écoutant la enka de Saburo Kitajima et oublier que leur quotidien
était fait d’extorsion et d’expropriations forcées.
Je suis en train d’écouter la série de France Culture consacrée à Jim Morrison (ici). Le superbe troisième épisode parle de l’influence de la Beat Generation sur Morrison : Kerouac, la route, les Indiens et le zen que l’on peut atteindre en roulant vers le désert et les auto-stoppeurs, dont certains sont des assassins, qui attendent sous la pluie, le pouce levé, que s’arrête leur victime. Et The WASP (Texas Radio and the Big Beat) morceau génial qui explose dans la tête « C’est la terre où le pharaon est mort. » De loin en loin, je n’ai jamais vraiment cessé d’écouter les Doors, mais d’entendre cette belle émission qui replace James Douglas Morrison, le poète, au premier plan, je me suis rendu compte combien cette langue m’était toujours proche, familière. Mon immersion dans la culture japonaise avait pu me faire croire que je m’étais éloigné de l’america mais il n’en était peut-être rien. Le nom de ce blog en témoigne.
Les artistes japonais visionnaires des sixties, ayant fait de l’outrage une ligne de conduite, sont peut-être plus proches de Morrison que je ne le pensais. Terayama et Mikami Kan qui ne pensent qu’à tuer leur mère répondent au hurlement œdipien de Morrison dans The End. D’un côté du Pacifique des Américains rêvant de spiritualités asiatiques et de haïkus, de l’autre des Japonais fascinés par Dylan et les Beatles, et inventant leurs propres hippies : les futen de Shinjuku. Entre les deux : la bombe, le Vietnam.
« Autrefois, j’avais vingt-cinq, vingt-six ans, et lorsque prendre des photos à la volée m’amusait plus que tout, j’ai découvert ce roman, Sur la route. Fortement attiré par le regard posé sur la route du héros, Sal Paradise, j’ai rêvé de vivre comme lui. Sans tarder, j’ai entraîné un ami et sa vieille Toyota et commencé mon périple sur les innombrables nationales qui sillonnent le pays. A cette période, j’ai pu voir des villes et rencontrer des gens de toute sortes, j’ai appris à faire de l’auto-stop et monter dans un camion. » Daido Moriyama, Mémoires d’un chien
Quant à moi, parmi les multiples portes qui m’ont menées au Japon, il y a eu bien sûr celle ouverte par Richard Brautigan, et le Tokyo-Montana Express, plus puissant que les Boeings de JAL et Air France. De l’électricité du Kabukichô au silence de Yanaka, du cimetière d’Ikebukuro où j’allais visiter Lafcadio Earn aux disquaires de Shibuya, de Nakano et ses vieux mangas d’horreur au drag queens de Nichome, Tokyo a été mon San Francisco. L’expérience du hasard objectif, le culte de la rencontre, les messages délivrés par les renardes à quatre heures du matin… Où peut-on, sinon au Japon, passer une nuit à boire du saké et aller s’asseoir sur les marches d’un temple et voir le soleil se lever ? (et je pense à la plage de San Francisco à l’aube) Et pourquoi pas entendre les premières notes de Riders on the Storm lorsque la pluie vient enfin crever la bulle de chaleur et d’humidité de l’après-midi d’aout ? Et les ruelles de Shinjuku serpentant entre les bars obscurs et les arrières cours des clubs érotiques, et les chats errants à côté des poubelles, et les vieux yakuzas ridés comme des gitans, et les tekiya et leurs stands de confiseries et de joujoux, et les mémères courbées comme des tortues. Etais-je à Tokyo ou à Tanger ? A côté de la langueur du Japon et des teintes chaudes de ses nuits, combien Paris me semblait toujours dure et glaciale à mon retour.
Quand les portes se rouvriront-elles ?
En 1999, Peter (Ikehata Shinnosuke) l’interprète des Funérailles des roses de Toshio Matsumoto et de Ran de Kurosawa dont j’ai parlé ici, pose pour le photographe Hajime Sawatari. L’album Raison d’être contient un grand nombre de nus où Peter à 47 ans montre avec fierté, un corps féminin, bronzé et épanoui. A cette époque, Peter est déjà une personnalité excentrique de la télévision que l’on pourrait comparer chez nous à Amanda Lear. L’éphèbe de Shinjuku de 1969 semble bien loin pour cet enfant chéri du showbizness japonais. Pourtant en six photographies, Peter fait renaître ce gavroche transgenre et nous fait rêver ce qu’il serait devenu à la suite du film de Matsumoto : la Queen punk, glamour et peut-être un peu cruelle, de l’underground japonais.
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| Abe Sada par Rina Yoshioka, peinture réalisée pour mon livre |
Et il y eu aussi la tristesse de voir disparaître Wakamatsu
et Oshima à quelques mois d’intervalle le 17 octobre 2012 et le 15 janvier
2013.
Par la suite, dans plusieurs travaux sur Ôshima, des textes
pour les Cahiers du cinéma, pour le programme de la Cinémathèque, des vidéos,
des émissions télévisées, je réservais toujours une place à L’Empire des sens
qui me faisait l’effet d’un ilot et d’un film orphelin. L’Empire des sens qui a
fait découvrir Ôshima jusqu’alors confidentiel, est sans aucun doute le film
japonais le plus célèbre au monde mais paradoxalement il marque presque la fin de sa carrière qui
se limitera à quatre films. Plusieurs cinéastes s’y confronteront pour représenter
l’amour intégral, sans jamais parvenir à en égaler la pureté. J’avais intitulé
mon livre précédent « L’Adolescente japonaise ou l’impératrice des signes »
faisant un clin d’œil à Abe Sada derrière le pastiche de Roland Barthes.
Voulant attaquer un livre sur Ôshima, je décidais donc de prendre L’Empire
des sens comme point de départ.
Au cours de mes recherches, je
tombais dans un gouffre. Je ne savais presque rien de la vie de cette femme qui
pourtant, sous les traits d’Eiko Matsuda, était devenue l’un des visages
iconiques du cinéma japonais. Je découvrais son enfance, le viol dont elle
avait été victime à 14 ans, sa vie d’errance de maisons de geisha en bordels,
ses multiples identités, jusqu’à sa rencontre en 1936 avec Kichi l’homme de sa
vie. Quelques minutes du film Déviances et Passions de Teruo Ishii me
terrassèrent avec l’apparition d’Abe Sada, vieille dame dans le Japon bétonné
de 1969.
Sada allait m’apporter ce que j’aime le plus lorsque j’écris
sur le cinéma : une narration. De la même façon que le vampire de mon livre Le Miroir
obscur traversait tous les états du cinéma, c’est Sada, la véritable Abe Sada,
qui allait me guider dans L’Empire des sens. J’allais à mon tour rendre hommage
à celle qu’Oshima appelait une « femme merveilleuse ». Au cours de
longues soirées qui m’amenaient parfois au cœur de la nuit je suivais ses
traces. C’est à ce moment que j’ai aussi plongé dans le répertoire de Keiko
Fuji, la chanteuse de Enka, qui en quelque sorte est devenue la voix de mon
héroïne. Parfois vers trois heures du matin, c’était comme si la présence de
Sada devenait très légèrement tangible à mes côtés. Le saké n’y était bien sûr pas
pour rien. Pendant combien de temps pouvais-je tenir la figure, conserver sa
persistance ? Jusqu’au célèbre fait-divers et son procès. Mais plus loin
encore sa sortie de prison, la guerre, les années 50… Sada était toujours là et
continuait à mener sa vie de femme, rencontrant des écrivains, participant à
des représentations théâtrales. Elle traversait les époques et elle ne disparut
(ou plutôt s’évapora) dans les années 70 que pour renaître sous les traits d’Eiko
Matsuda dans L’Empire des sens, entraînant à nouveau scandales et procès. Le
visage de Sada d’ailleurs n’était pas un mystère : il y avait celui de la
jeune femme au sourire incroyable arrêtée par des inspecteurs aux mines ahuries
comme s’ils tombaient eux-aussi sous le charme. Et puis le visage de la femme
mure des années 50 enfin l’obachan (mamie) des années soixante. Toutes ces
femmes étaient bien sûr Sada mais étaient-elles pour autant la Sada qui m’avait
accompagnée ? Je devais à mon tour inventer le visage de my own private Abe
Sada.
Entretemps, j’avais trouvé l’éditeur de mes rêves : Le
Lézard noir, qui m’avait initié aux mangas sulfureux de Suehiro Maruo. A travers
Sada, revenaient les démons du Japon qui passionnaient l’éditeur Stéphane Duval
autant que moi, et en premier lieu Mishima. C’est grâce à lui que j’ai donné un
visage à ma Sada puisqu’il accepta une idée un peu folle.
Les lecteurs de ce blog savent la place qu’occupent les
peintures de Rina Yoshioka dans mon imaginaire. Rina travaillait à cette époque
sur une peinture de femme yakuza pour l’exposition Ultime Combat, arts martiaux
d’Asie au Musée du Quai Branly. Je lui demandais de créer une Sada qui ne devait
pas ressembler à Eiko Matsuda mais à un mélange entre la vraie Sada et Junko
Miyashita, l’actrice du magnifique La Véritable histoire d’Abe Sada de Noboru
Tanaka. Elle me fournit plusieurs esquisses, et je dois avouer que je l’ai un
peu épuisée à lui en demander toujours de nouvelles. Le visage était trop rond
ou trop mince, elle était trop vieille ou trop juvénile, le regard trop aguicheur…
J’ai un peu honte en y repensant car je l’obligeais en réalité à devenir une médium
et à tâtonner à l’intérieur de ma propre psyché. Je ne la remercierai jamais
assez pour sa patience. Et puis un jour, j’ai vu Sada apparaître dans sa
chambre d’auberge et me regarder, accroupie devant la table où s’entassaient
les bouteilles de saké, tenant entre ses doigts la lanière de son kimono rouge.
Par la fenêtre, une clarté lunaire baignait les maisons en bois de cette rue du
Tokyo des années 30. J’avais particulièrement
insisté sur la présence de la lune. Je ne sais toujours pas pourquoi. Rina mit
en quelque sorte le point final à mon livre, et sa peinture devint une préface
que l’on fit figurer dans le sommaire.
J’arrête également ici les souvenirs de l’écriture de mon
livre, et alors qu’un froid polaire s’est étendu sur Paris et qu’un retour au
Japon semble encore lointain, je me verse un verre de saké, et écoute une fois
de plus Keiko Fuji chanter que les rêves fleurissent la nuit.
Cérémonies – au cœur de l’empire des sens.
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André Breton n’a pas rencontré Violette Nozières ni Jean Genet les sœurs Papin. En revanche, Tatsumi Hijikata, l’inventeur de la danse butô, a bien rencontré Abe Sada et a même été pris en photo avec elle.
Cela atteste de la popularité de Sada dans l’avant-garde japonaise initiée à la culture de la transgression française par le flamboyant Shibusawa Tatsuhiko. Cette star des milieux intellectuels traduisait Sade et Bataille et posait en vêtements psychédéliques devant une reproduction de La Poupée d’Hans Bellmer.
Abe Sada était pour ces intellectuels férus de surréalisme la plus pure incarnation de l’Amour fou. Cette intelligentsia se rendait dans le bar Hoshikikusui où Sada était la serveuse et l’attraction. Telle Lola Montès, au cours d’une descente d’escalier théâtrale, elle se mettait en scène pour des clients (faussement) tétanisés et protégeant avec leurs mains leur entrejambe.
« Je veux une photo capturant l’âme pure de Sada », avait demandé le danseur au photographe Fujimori Hideo. Cette photo servit en 1972 d’affiche à la rétrospective chorégraphique «Grand motif dansé du sacrifice enflammé » de la troupe de Hijikata. Abe Sada était alors âgée de 64 ans
Les rapports entre Sada et les artistes d’avant-garde japonais sont étudiés dans mon livre Cérémonies – au cœur de l’empire des sens.
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Le film de Nagisa Oshima s’achève sur l’image des amants ensanglantés tandis qu’une voix-off relate que, lors de son arrestation, le visage de Sada était radieux.
Qu’advint-il de Sada après les évènements relatés par Oshima ? Elle ne fut condamnée ni à mort ni à la prison à perpétuité mais à six années de détentions. Elle n’en purgera que quatre puisqu’elle fut libérée par une grâce collective de l’Empereur le 14 mai 1941. Un mois avant l’attaque de Pearl Harbor. Abe Sada a alors 36 ans.
Mon livre s’intéresse à ce que fut alors la vie de Sada : les années de guerre qu’elle passa remariée sous un nom d’emprunt, les faits qui lui firent reprendre son patronyme et redevenir une figure publique, enfin sa popularité dans les milieux de l’Underground japonais pour qui elle symbolisa l’Amour fou.
Si elle disparut à nouveau au début des années 70 rien n’indique qu’elle soit décédée pendant cette période.
En 1976, Abe Sada était-elle au courant que son nom était à nouveau sur toutes les lèvres ? Savait-elle qu’elle était au cœur du plus grand scandale culturel que le Japon avait connu et que sous les traits de l’actrice Eiko Matsuda elle entrait à nouveau dans un tribunal ?
Cette autre histoire d’Abe Sada, je la raconte dans mon livre Cérémonies – au cœur de l’empire des sens.
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Les photos de Sada datent des années 50.