David Bowie is… Japanese (3)

Au Japon, David Bowie a les yeux bleus

David Bowie, pour construire Ziggy
Stardust, s’est inspiré des créations de Kansai Yamamoto, qui lui-même s’inspirait
des costumes et perruques du kabuki. D’où les cheveux rouges ou oranges ébouriffés
de Bowie à cette époque.
extrait du catalogue de l’exposition David Bowie is…
La Pochette
de Pinups a inspiré en 1980 Junichi Murayama pour la couverture de Irara, un manga de Kazuo Umezu.

On retrouve ce célèbre mime de Bowie
sur la couverture d’un magazine SM de 1968. Quelle est l’origine de ce geste ?


Bowie is… an idolu
Tournée de 1973 à Tokyo
1978

Avec Sayoko Yamaguchi. 1980.

Avec Michi Hirota , la voix japonaise de It’s no game de Scary Monsters. 1980. 
Avec Ryuichi Sakamoto. 1981.


Spent
some nights in old Kyoto 

Sleeping on the matted ground
(Photos Masayoshi Sukita, 1980)



Magazines et éditions japonaises


Bowie en manga

Bowie avait
tout pour inspirer les mangakas : ses liens avec le Japon, l’androgynie, l’imagerie
de SF. Pourtant, on retrouve peu sa trace explicite dans les mangas. 



Parmi
les « oddities », un manga de 
Shotaro Ishinomori (Cyborg 009) datant du milieu des années 1970.


Belner est
une illustratrice Yaoi (imagerie homosexuelle
masculine, érotique et romantique, destinée aux femmes), fascinée par David
Bowie. Ses œuvres récentes. 
Deux dessins récents de Atsushi
Kamijō (le manga T-oy)


Bowie is… a japanese rocker

David Bowie est une des inspirations
majeures du Visual Kei, ce rock théâtral, costumé et fardé, qu’on pourrait définir
comme du glam rock japonais.

En 1990 avec Yoshiki de X-Japan,
le plus célèbre groupe de rock japonais. 

David Bowie is… Japanese (2)

Furyo (1983)
Devant l’armée japonaise attendant la décapitation
d’un prisonnier, le major Jack Celliers embrasse le capitaine Yonoi. Celui-ci
blêmit et tombe à ses pieds comme une fleur coupée. Le rite de mort s’est
converti en un rite d’amour tout autant fatal. Unis par un lien négatif, David
Bowie et Ryuichi Sakamoto appartiennent à la lignée d’astres noirs à
l’attraction destructrice du cinéma d’Oshima.
Comme R. le
Coréen de La Pendaison, Celliers est
l’ange exterminateur qui retourne la clôture du camp contre ses gardiens et les
enferme dans leurs obsessions, leurs peurs et leurs désirs. Pourtant, ce qui
foudroie Yonoi n’est pas seulement son amour pour Celliers mais la part sombre
de ce dernier, ce qu’il croit avoir laissé derrière lui mais qu’il expie à l’intérieur
du camp : le martyr de son petit frère bossu dans un collège anglais. On a
l’impression que c’est l’infirmité du frère qui fait retour sur le corps de
Yonoi et brise sa stature fasciste. Le Japon et l’Angleterre, empires déjà
déchus ou proches de l’être, se rejoignent alors dans l’apologie des normes
sexuelles et physiques. Ce qui rend la redécouverte de Furyo indispensable est aussi la présence de Kitano à 36 ans, alors
comique de télévision, dans un contre-emploi alors imperceptible aux
spectateurs occidentaux. L’amitié entre le sergent Hara et le colonel Lawrence forme
ce second récit qui donne au film sont titre international : Merry Christmas Mr. Lawrence. A la fin
de la guerre, Lawrence rend visite à Hara dans sa cellule, à la veille de son
exécution. Le visage de Kitano, bouleversant de candeur, révèle que, sous la
silhouette massive du soldat, se dissimulait un être perdu, autant manipulé par
les puissances nihilistes que Boy,
le petit garçon.
Extrait de l’article « Nagisa Oshima, sept cérémonies », paru dans Les Cahiers
du Cinéma n°709, Mars 2015


David Bowie is… japanese

C’est plus qu’une coïncidence mais un fait : mes amis
qui aiment la culture japonaise sont tous fans de David Bowie. Les raisons sont
évidentes, à commencer par l’attachement de Bowie lui-même au Japon, des fabuleux
costumes créés par Kansai Yamamoto pour le Aladdin Sane Tour à son
interprétation du Major Jack Celliers dans Furyo de Nagisa Oshima. Certaines
connexions sont plus souterraines, ainsi Masayoshi Sukita, l’un des
photographes attitrés de Bowie (de la période Ziggy Stardust à la pochette de
Heroes) est aussi le chef opérateur de Jetons les livres et sortons dans la rue
de Shuji Terayama.  Avant Furyo où le
Japon de Riyuchi Sakamoto et la Grande-Bretagne de David Bowie se regardaient,
la rencontre avait déjà eu lieu entre le cinéma électrique, fardé et teinté de
rose de Terayama et le glam rock anglais.
Le hasard est toujours objectif.
Voici comment Shuji Terayama décrivait Masayoshi Sukita dans
Zoom n°45, juillet 1977
«  C’est un homme
galant et moustachu.
Une fleur à la bouche lui irait bien.
S’il a avale de la salade en mettant un disque des Rolling
Stones, c’est qu’une atmosphère facile et frivole flotte autour de lui. Mais
cela n’est qu’un «masque» pour survivre dans le monde de la photo, gouverné par
le système marchand. En réalité, rien de cela ne l’abuse.
Il a souvent photographié des musiciens du monde entier.
Mais il a toujours tiré de ces portraits, non seulement la beauté du sujet,
mais encore les aspects vénéneux cachés derrière les expressions.
Les personnages étranges qui, dans ses films publicitaires,
disparaissent en un clin d’œil en en laissant derrière eux que leurs costumes,
ou bien encore ceux dont les visages deviennent invisibles, cachés par des
oiseaux, voilà ce qui montre assez ce qui l’incline vers le surréalisme.
Il s’est chargé des prises de vues de mon film Jetons les livres, sortons dans la rue.
Ses images comportent quelque chose de rarement vu dans le cinéma japonais.
Dans la scène de football, on a lancé la caméra à la place du ballon, et on a
joué le match. Dans la scène d’amour, l’actrice caressait la caméra.
Notre équipe était étonnée par ses tentatives d’introduire
la caméra à l’intérieur du drame, par son désir de faire participer la caméra
elle-aussi à la scène, au lieu de la cantonner à son rôle d’observateur.

Si les photographes essaient de saisir le monde invisible à
nos yeux – le monde imaginaire – Sukita serait vraisemblablement celui qui
s’ingénierait à être parmi les premiers. »





D’autres images de David Bowie par Masayoshi Sukita ici