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Étiquette : Yanaka
Tokyo des ruelles
Je réécoute souvent avec plaisir Tokyo Ville-monde, l’émission de France Culture qui est une balade dans la ville, où l’on croise des cinéastes aimés comme Kiyoshi Kurosawa et Shinji Aoyama ou le photographe Masataka Nakano, qui parlent de fantômes, d’une cité soudainement déserte ou de parcs où l’on peut aller à rebours du temps (voir ici). Un passage me plait particulièrement, lorsque l’écrivain Michael Ferrier compare Venise et Tokyo, et dit que les ruelles ont été construites sur d’anciens cours d’eau et bras de rivière. Il dit aussi qu’elles avaient pour but de protéger le palais du shogun des attaques de clans séditieux, emprisonnant les samouraïs dans des goulots. Si l’on s’éloigne des grandes avenues qui traversent la ville, Tokyo est selon l’expression consacrée une « mégalopole de village », chacun étant un labyrinthe de ruelles. Par celles-ci, Tokyo rejoint d’autres villes fantomatiques que sont Venise et Lisbonne, ce qui explique peut-être le culte qui entoure au Japon Fernando Pessoa.
Pourquoi les ruelles sont-elles à ce point liées au fantastique et aux rêves ? Dans Opération peur de Mario Bava, je suis toujours enchanté par les ruelles gothiques embrumées qui forment le village hanté par Mélissa l’enfant spectrale. Elles me rappellent celui de mon enfance dans le Var et ses rues étroites, faiblement éclairées par des lampadaires en forme de lanterne, qui montaient jusqu’à la porte médiévale : empilement de maisons en pierre sinistres aux portes de garages en bois et aux volets fermés. Les traverser la nuit donnait le frisson : une main pouvait nous attraper et nous faire disparaître à jamais dans les ténèbres. Parfois j’y retourne dans mes rêves. Les ruelles de Tokyo sont tout autant hantées mais je n’y ai jamais peur.
La ruelle est un endroit magique et l’hypothèse que ses serpentements épouseraient le souvenir de cours d’eau est fascinante. C’est ce qui explique peut-être pourquoi l’on part à la dérive dans Tokyo et que l’on soit portés par ses courants occultes. Ruelles de Kabukichô, où en marge des pachinkos et du Robot Restaurant, on peut se perdre dans un club secret de travestis. Ruelles de Nakano qui convergent vers l’Hotel World Kaikan et ses énigmatiques locataires (voir ici). Ruelles de Yanaka, où l’on peut voir glisser la silhouette équivoque de Shizuko, la femme fatale de La Proie et L’Ombre d’Edogawa Ranpo. Ruelles d’Asakusa et de Tamanoi où les ombres des écrivains Yasunari Kawabata et Nagai Kafû recherchent la maison close des Belles endormies ou celle de la prostituée O-Yuki. Dans certaines, le soleil ne pénètre pas ou si peu, et c’est là où se trouvent comme à Yanaka les commerces les plus désuets comme ces petits bazars tenus par les obachan où se côtoient outils, barils de lessives, cigarettes et conserves. Les ruelles sont l’espace étroit qui conduit à l’autre monde, et l’on ne s’étonnera pas qu’à Tokyo comme dans les autres villes qui n’ont pas rompu le contact avec leurs familiers, qu’elles soient aussi le territoire des chats.
Yanaka, quartier hanté
qui a miraculeusement échappé aux destructions successives de Tokyo. Il n’échappera peut-être pas à celle qui menace
le Japon qui est la crise démographique car il semble essentiellement peuplé de
vieilles personnes, ce qui lui donne ce rythme doux et silencieux. On y vient
pour visiter les temples, et admirer les bouddhas.
honorer les ancêtres et faire brûler de l’encens devant les tombes d’un des
plus beaux cimetières de Tokyo. J’ai encore une fois été frappé par le petit
parc pour enfant au cœur du cimetière. Quels étranges enfants peuvent bien
venir y faire de la balançoire au clair de lune ? Si l’on vient à Yanaka
au mois d’aout, pendant les fêtes d’O-bon c’est aussi pour visiter le temple
Zenshoan où sont rassemblées les plus célèbres peintures de fantômes de l’ère
Edo. Belle revenantes estompées par les voiles, spectres carnassiers, ombres
vagues comme si le peintre avait voulu saisir ce qui échappe presque à la
vision…
peu plus bas dans la rue, il y a le café Ranpo, du nom du célèbre écrivain
eroguro – et quand on y pense c’est peut-être à Yanaka qu’on situerait la
demeure de Shizuko, la femme fatale de La
proie et l’ombre.
devanture rénovée, sans la multitude de dessins et sculptures de chats. Je me demande si monsieur Suzuki, le très
vieux monsieur que j’avais rencontré il y a 6 ans en était encore le
propriétaire.
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| Le Café Ranpo en 2010 |
son site (ici)
, je m’apercevais que ses dessins érotiques prenaient comme décor le café
Ranpo.
gauche, la petite boutique pour otome
qui vend des cartes postales et des petites sculptures de yokais était bien
ouverte.
rasoir de Kuchisake Onna, la femme
défigurée, célèbre fantôme de légendes urbaines des années 80. Elle-aussi on l’imagine
bien hanter les rues de Yanaka dans son imperméable gris.
Sushis peuplé bien entendu de vieilles personnes et de jeunes filles démodées.





























































