A Summer of Yakuza 1




Cet été j’ai décidé de m’intéresser particulièrement aux yakuzas, à leur mythologie et leur organisation et aux films bien sûr. Je me suis donc plongé dans le Ninkyo-eiga, la geste chevaleresque de la pègre, en me conentrant sur les films se déroulant au XXe siècle. Ces films, qui constituèrent un fleuron du cinéma populaire des années 60 et 70 restent finalement méconnus, de même que les acteurs et les cinéastes qui s’y illustrèrent. Des artisans talentueux (dont certains commencèrent leur carrière au temps du muet), maîtrisant à la perfection la richesse artistique des studios (ici principalement la Toei) comme Masahiro Makino ou Shigehiro Ozawa, des cinéastes très personnels comme Tai Katô ou Kinji Fukasaku ont inlassablement orchestré les affrontements des fascinants Ken Takakura ou Koji Tsuruta. De la vingtaine de films que j’ai découverts certains étaient géniaux et surprenant, d’autres conformes au genre avec un certain intégrisme, mais aucun n’était médiocre. J’ai décidé de ne suivre aucun ordre particulier, et surtout pas chronologique. Alterner les débuts du genre en tant que tel avec des films de la fin des années 60 et 70, permet de voir l’accroissement de la violence et du sang (le yakuza eiga suit en cela le chanbara – le film de sabre), le désenchantement alors que le Japon accélère sa mue capitaliste, et la désuétude du code d’honneur chevaleresque. 

Je poste ici ce journal yakuza de juillet, écrit au jour le jour, sans retouches majeures.

Je poursuivrai l’exploration en aout. 


10 juillet

The Domain: The Naniwa Story (1965) de Masahiro Makino.



Masahiro Makino n’est pas Suzuki, Fukasaku ou Tai Katô mais c’est un cinéaste solide qui a commencé au temps du muet. Il y a tous les éléments. Deux stars : Ken Takakura et Koji Tsuruta, les yakuzas chevaleresques contre un gang oppresseur du peuple (ici des dockers). Un superbe assassinat sous un tunnel. Et surtout de la belle enka mélancolique.




11 juillet

Woman Gambler / Showa onna bakuto (1972) de Tai Katô avec Kyoko Enami.



Kyoko Enami a interprété une série en noir et blanc sur une joueuse dans les années 60. Ceci en est la version couleur par le maître du mélo yakuza Tai Katô, déjà à l’ouvre sur les épisodes de la Pivoine rouge. Cette nouvelle joueuse du Kanto, au dos tatoué d’un dragon, et au visage de renarde, se venge des clans qui ont assassiné ses deux amours. Katô multiplie les cadrages étranges, coupant le visage de Kyoko Enami en deux et lui donnant ainsi l’air d’un yurei (spectre).





Nihon Kyokaku-den: Kanto-hen/Japanese Chivalry : the Kanto episode (1965) de Masahiro Makino.



Excellent épisode qui se passe dans le Tokyo populaire de 1923 après le tremblement de terre du Kantô. Ken Takura et Koji Tsuruta affrontent des yakuzas qui essayent de contrôler le marché aux poissons de Tsukiji avec un syndicat bidon. C’est davantage un western qu’un film noir et son côté documentaire est passionnant.


12 juillet

House of Gamblers (1970) de Shigehiro Ozawa.



Je n’avais pas identifié ce cinéaste qui a été particulièrement actif dans le genre. Encore une fois un ninkyo eiga classique et très beau. Fumio Watanabe joue toujours le fourbe oyabun, et Ken Takakura l’homme d’honneur prêt à se laisser rétrograder par fidélité au clan. Je suis de plus intrigué par la figure de Koji Tsuruta qui dans plusieurs films apparaît en pointillé dans le récit, n’appartient pas vraiment à un clan, et représenterait l’incarnation même du ninkyo. Il seconde invariablement Takakura dans le combat final, en frère de sang idéal.




Souvenirs d’un yakuza de Saga Junichi 



Livre passionnant sur la vie d’un jeune japonais des années 20 à l’après-guerre. Extrêmement vivant et drôle, et on apprend pas mal de choses sur cette vie parallèle dont la principale source de revenu est le jeu. Pour les amateurs, il y a même un détour par la prison d’Abashiri. C’est le versant réaliste de la pègre japonaise, à une époque où elle était encore artisanale.

13 juillet

Kizudarake no Jinsei Furui Yatsu de Gozansu / A Scarred Life 2 blood will tell  (1971) de Shigehiro Ozawa


Nous sommes pendant l’ère Taishô et le film raconte un de ces moments décisifs où les yakuzas sont pris dans le dilemme de garder leur activité principale ou d’entrer dans la modernité et devenir des hommes d’affaires. C’est ce dernier rôle que tient souvent Fumio Watanabe : le yakuza ambitieux qui ici a des contacts avec les militaires pour une opération commerciale en Mandchourie. Tomisaburō Wakayama joue le frère un peu frustre et truculent qui entend rester un yakuza à l’ancienne. Koji Tsuruta est encore une fois le repère moral de ce monde en marge des lois. 


15 juillet


Brutal Tales of Chivalry 8: Forbidden Love (1971) de Kiyoshi Saeki. 



Le thème est le respect non seulement du code d’honneur mais aussi de l’étiquette des yakuzas : présentations, politesse, jusqu’à la façon de manger son poisson. Fabuleux trio d’acteur : Ken Takakura, Ryo Ikebe (l’acteur de Fleur pâle de Shinoda) et Koji Tsuruta.





Gambler’s Farewell (1968) de Kinji Fukasaku. 



Le film poursuit à l’époque contemporaine les conflits de A Scarred Life 2 blood will tell . Koji Tsuruta sort de prison et se rend compte que le monde a changé et que les yakuzas sont désormais des hommes d’affaires en lien avec des politiciens. Il se rend seul dans un immeuble de bureau comme autrefois il allait attaquer le clan ennemi. Fumio Watanabe est génial dans le rôle d’un yakuza en costard, pas plus mauvais qu’un autre, mais ayant troqué le giri pour le capitalisme.





16 juillet

Nihon bōryoku-dan:Kumichô/ Le Caïd de Yokohama (1969) de Kinji Fukasaku.




Sur le même thème que Gambler’s Farewell mais plus remuant. Fukasaku raconte une nouvelle fois les dernières heures du ninkyo alors que le Japon du traité économique nippo-américain met en place ses superstructures. Les groupes autrefois ennemis s’allient sous couvert de real politic et se débarrassent des petits clans se livrant encore des guerres de territoire. Un des meilleurs rôles de Tomisaburo Wakayama qui joue un chef drogué, outrancier mais très attachant qui tombe quasiment amoureux de son adversaire Koji Tsuruta. Le film s’achève sur une cérémonie d’alliance des clans fleurant bon l’extrême-droite. Bientôt il n’y aura plus de frères de sang mais seulement des combats sans code d’honneur.





17 juillet

Sengo saidai no toba/The Biggtest Gamble (1969) de Kosaku Yamashita.




De la petite dizaine de films que j’ai vus ces derniers jours la plupart sont excellents et quelques-uns géniaux mais là on touche carrément au grandiose. C’est un récit de guerre de succession classique et assez complexe, mais où est particulièrement fouillée la vie familiale des yakuzas, au point d’avoir quasiment des plans d’intérieur à la Ozu. Akiko Koyama (madame Nagisa Oshima), joue la femme de Koji Tsuruta et on a vraiment un frisson lorsque c’est elle qui lui donne le couteau de la vengeance. Le combat final est sidérant et opératique avec un dernier plan génial : Tsuruta après le massacre, est face à lui-même devant un miroir et se met à trembler. Ce qui frappe c’est le talent de directeur d’acteur de Yamashita. Ken Takakura est d’une beauté fatale, passant de l’ambition à la mélancolie, et Tsuruta a rarement été aussi intense.




Ken Takakura par Tadanori Yokoo





19 juillet

Brutal tales of chivalry 2 (1966) de Kiyoshi Saeki. 


Un nouveau métier populaire sert de cadre : des tailleurs de pierre affrontant un gang voulant s’accaparer leur carrière. C’est un mélodrame et Ken Takakura  va prendre la place de l’homme qu’il a tué trois ans auparavant, auprès de son épouse et surtout de son fils. Donc, « Shane, l’homme des vallées perdues » chez les yakuzas. On est très loin de la folie à venir de Fukasaku et des yakuzas monstrueux à la voix gutturale. Tout est beau, soigné et élégant. C’est comme si le ninkyo eiga avait permis de prolonger le cinéma japonais classique jusqu’aux années 70. Il ne manque bien sûr pas le karaoké-yakuza lorsque Ken Takakura et Ryo Ikebe, parfaits blood Brothers, traversent un paysage de neige accompagnés d’un sublime morceau de enka.


Keimusho Yaburi/Prison Break (1969) de Kazuo Ikehiro.

Superbe ouverture avec Hiroki Matsukata, acteur fiévreux.





Publicité pour rasoir électrique avec Hiroki Matsukata



20 juillet

Chronicle of Japanese Outlaws: Duel at Kaminari Gate (1966) de Masahiro Makino.



Le film se déroule dans quartier des théâtres d’Asakusa dans les années 20. La comédie et le mélodrame prime sur la violence, comme si Makino relâchait un peu le ninkyo pour se plonger dans ce monde bariolé, séduisant et trépident. Le combat final a d’ailleurs lieu à l’intérieur d’un théâtre. Junko Fuji (avec ses fossettes) est plus ravissante que jamais, et Hideo Murata chante un superbe morceau de rokyoku (sans doute un élément très attractif pour les spectateurs de l’époque).




21 juillet

Aru koroshiya/Acertain’s Killer/Le Silencieux (1967) de Kazuo Mori


On quitte la Toei pour la Daei avec un film qui n’est pas tout à fait un film de yakuza mais plutôt un film de tueur à gage comme La Marque du tueur de Seijun Suzuki. On qualifié Le Silencieux (magnifique titre français) de polar « melvillien », ce qui est peut-être un peu exagéré puisque le ton est d’abord celui d’un thriller pop. Une des raisons en est peut-être le mur de la petite chambre d’auberge que loue le tueur et dont les murs très picturaux peuvent être rapprocher de ceux de la tanière du Samouraï. Raizo Ichikawa est particulièrement énigmatique dans ce rôle de ninja moderne (il interpréta un ninja dans la série à succès Shinobi no Mono) qui évolue comme un charme et tue avec des aiguilles.




Aru koroshiya no kagi/ A killer’s Key (1967) de Kazuo Mori


Dans la suite A killer’s Key, la couverture du tueur n’est plus cuisinier de sushis mais maître de danse. C’est l’occasion pour Raizo, issu d’une famille d’acteurs de kabuki, d’exécuter une magnifique danse solitaire. On déduit que si le personnage se meut comme un fantôme c’est parce que, faisant partie d’un escadron de kamikaze, il a déjà basculé du côté de la mort pendant la guerre. Raizo lui-même, n’avait plus que deux ans à vivre puisque le cancer allait l’emporter en 1969. Cette danse, longue et intense ne semble pas appartenir totalement au film mais plonge dans les ténèbres intimes de l’acteur.







22 juillet

Hokkaiso Hokkai no Abare-Ryu/Le Dragon sauvage de Hokkaido (1966) de Kinji Fukasaku


Scénario de western avec cet affrontement entre yakuzas et pêcheurs. Mise en scène ultradynamique de Fukasaku et photographie splendide de Yoshikazu Yamazawa. La bataille finale sur la plage est anthologique et les rames dont se servent les pécheurs renvoient à Musashi dont c’était aussi une des armes favorites (voir Le Duel de l’aube). 





Les tatouages sont en fait les attributs des pêcheurs plutôt que des yakuzas, rappelant que c’est une pratique de corps de métiers à l’origine. Il y a chez Fukasaku une dimension néo-réaliste, qui l’éloigne radicalement du cinéma classique de studio de Masahiro Makino ou Kiyoshi Saeki. 




24 juillet

Jinsei gekijo : Hisha kaku/Theater of life : Hishakaku (1963) de Tadashi Sawashima



Premier épisode d’une trilogie adaptée du roman fleuve (sept volumes) de Shirô Ozaki, Jinsei gekijô (le Théâtre de la vie) écrit entre 1930 et 1960. Le film est très romanesque avec ce yakuza en prison (Koji Tsuruta), dont la femme Otayo (Yoshiko Sakuma) et le kyodai (frère de clan) (Ken Takakura) tombent amoureux en ignorant leurs liens respectifs. La mise en scène de Tadashi Sawashima exalte le romantisme ténébreux du Ninkyo. Un personnage très amusant est l’étudiant (sans doute le double de Shirô Ozaki) qui trouve l’histoire du yakuza Hishakaku idéale pour un roman. « Il faut la rendre plus romanesque » dit le vieux chef de gang, comme s’il allait manipuler de l’intérieur le futur récit de l’écrivain. 






25 juillet

Jinsei Gekijo Zoku Hishakaku/Theater of Life: Hishakaku 2 (1963) de Tadashi Sawashima



Dans le second volet de Theater of Life, la tragédie du yakuza Hishakaku et de son épouse Otoyo arrive à son terme dans la terre glacée de Mandchourie. Le style de Sawashima est aussi lyrique que dans le premier épisode, posant ainsi les bases du ninkyo eiga de la Toei : yakuza romantique prêt à tout sacrifier pour le code d’honneur, dévotion absolue à son clan et ses « frères », accomplissement dans l’héroïsme et la mort. Un yakuza en train de mourir pour son clan peut déclarer dans un dernier souffle : « je suis enfin un homme. » Koji Tsuruta, ayant quitté ses rôles de jeune premier, endosse pour la seconde fois le kimono sombre du gangster de l’ère Taisho. Au fil des années 60, il stylisera son jeu, devenant plus énigmatique et hiératique, comme une incarnation vivante du ninkyo. On retrouve à ses côtés une autre figure du genre, Hiroyuki Nagato (le jeune gangster de Cochons et Cuirassés d’Imamura), toujours très drôle et touchant avec ses mines enfantines, dans le rôle du kyodai (frère) à protéger. Quant aux femmes, elles sont destinées à souffrir et mourir, pendant que ces démons purgent leurs peines de prison ou accomplissent leurs vengeances…




26 juillet

Shin gokudo no onna-tachi: horetara jigoku/ Yakuza Woman Revisited : Love is Hell (1994) de Yasuo Furuhata



Cinquième film (sur huit) de la série des femmes de yakuza débuté en 1986 par Hideo Gosha. C’est, comme souvent, une fausse saga puisque Iwashita Shima change de personnage à chaque film, mais reste toujours cette redoutable Girl Boss évoluant dans le monde des yakuzas. C’est une série B très kitsch où l’on attaque un gang à l’hélicoptère. Iwashita Shima interpréte de façon flamboyante et cette chef de gang en impeccable kimono, n’hésitant pas à se couper la phalange du petit doigt. 



On ne peut s’empêcher de repenser à ses rôles de jeune fille dans Fin d’automne d’Ozu et les films de son mari Masahiro Shinoda, plus de trente ans auparavant. 





27 juillet

Meiji kyōkyaku: Sandaime shūmei/Le sang de la vengeance (1965) de Tai Katô



Certains cinéastes comme Masahiro Makino ou Kiyoshi Saeki se coulent avec fluidité dans le style des studios, architectes du style particulier du Ninkyo eiga, sa violence, ses grands sentiments et sa beauté larmoyante. D’autres comme Kinji Fukasaku sont des génies parfois destructeurs et exaltés. C’est aussi le cas de Tai Katô qui exacerbe la dimension mélodramatique et flamboyante des récits de yakuzas. 



Baroque et déchaîné, Tai Kao serait le Douglas Sirk du Ninkyo Eiga. Le scénario du Sang de la vengeance pourrait être celui de n’importe quel film de yakuza de la Toei mais chez Tai Katô c’est la forme qui fait la différence. Et au fond les yakuzas, attachés à leurs rituels, sont aussi de grands formalistes. Parmi les plus belles séquences, le montage « à la russe » de Koji Tsuruta en surimpression sur les machines d’un chantier. 





Le chant d’amour des yakuzas




Lorsqu’un yakuza accède à un poste supérieur dans la hiérarchie, il commence toujours les remerciements à ses oyabun par :  » Merci de faire confiance à quelqu’un d’aussi inexpérimenté que moi. » Koji Tsuruta, avec son visage calme et sa voix douce (à l’inverse de l’explosif Bunta Sugawara) est parfait pour tout ce qui est rituel et cérémonies.



Hishakaku and Kiratsune: A Tale of Two Yakuza (1968) de Tomu Uchida 




(à suivre)

Chansons des mauvaises filles et des mauvais garçons


A l’exception des Combats sans code d’honneur de Kinji Fukasaku,  le film de yakuza est romantique, et ces messieurs, lorsqu’ils ne pratiquent pas l’art délicat de l’extorsion ou de l’expropriation forcée, pleurent sur le sens de l’honneur perdu des jeunes gangsters, un oyabun assassiné ou leur aniki  emprisonné, et souvent sur une modeste jeune fille, dévouée à sa mère malade, peut-être institutrice, à qui ils n’osent avouer leurs sentiments. 
Comme le « voyou » interprété par Tatsuya Watari dans la série Gangster VIP (1968), le yakuza part dans le crépuscule, des larmes pleins les yeux alors que s’élève une déchirante enka. 




Je ne sais pas si le terme de « Yakuza Enka » existe, mais inventons-le. On peut imaginer que les membres du Yamaguchi-gumi ne rataient aucun film de leurs incarnations à l’écran et avaient la gorge aussi nouée que les jeunes filles rêvant à la voix de velours d’Akira Kobayashi dans Nous ne verserons pas notre sang et Les Fleurs et les vagues (1964) de Seijun Suzuki. 

Le morceau de Yakuza Enka le plus célèbre est sans conteste Tokyo nagaremono, du film du même nom Le Vagabond de Tokyo (1966) de Seijun Suzuki, que Watari entonnait après avoir décimé un gang adverse. Tokyo nagaremono est aujourd’hui encore un classique des Karaoké, et on la chante la main sur le cœur, le regard voilé par le saké et la fatalité. 


Tous les acteurs des yakuza eiga étaient aussi chanteurs, et les pochettes de disques même lorsqu’elles ne sont pas la BO d’un film, en reproduisent l’imagerie, qu’il s’agisse du versant historique Ninkyo eiga, se déroulant fin XIXe début XXe, ou contemporain comme le Jitsuroku eiga. Dans le premier le chanteur porte un kimono, a un linge enroulé autour du ventre et est armé d’un sabre. Une de ses stars est Ken Takakura, qu’on a surnommé le Clint Eastwood japonais et qui est connu en occident pour son rôle face à Robert Mitchum dans Yakuza de Sidney Pollack. Takakura fut aussi le héros d’une série de films de yakuzas contemporains : Abashiri Prison (Teruo Ishii,1966) dont le thème est devenu un classique de la enka chanté par lui-même ou par Keiko Fuji.


Moins connu chez nous, Kôji Tsuruta fut lui-aussi une énorme star dans des films dont les titres parlent d’eux-mêmes : Le Sang de la vengeance (1965) de Tai Kato, La Cérémonie de dissolution du gang (1967) de Kinji Fukasaku. 



Comme Takakura, on le retrouve en partenaire de Junko Fuji dans la série La Pivoine rouge à la fin des années 60. Junko Fuji, elle-aussi enregistra des disques de Enka Yakuza tendance Ninkyo eiga.

Parmi les femmes de la Enka Yakuza, la plus mythique est Meiko Kaji, autant dans le style Ninkyo que Jitsuroku.

La très belle Hiroko Ohgi, actrice et chanteuse, interpréta des femmes yakuza dans Rising Dragon’s Soft Flesh Exposed (1969) de Masami Kuzuo, avec Akira Kobayashi comme partenaire, et The Friendly Killer (1966) de Teruo Ishii où elle dévoile de spectaculaires tatouages.

L’univers du Jitsuroku eiga est celui des villes du péché, des hôtesses de bars, des néons tentateurs et de la pluie qui lave autant les blessures que les pleurs des marlous. Passant du jeune premier à l’imposant oyabun, Tatsuo Umemiya (Terror of Yakuza de Sadao Nakajima, Tombe de yakuza et fleur de gardénia de Fukasaku) est l’acteur et le chanteur idéal pour nous entraîner dans l’Underworld tokyoïte.


Akira Kobayashi demeure cependant l’une des plus parfaites incarnations de ce romantisme balafré. 

Parfois l’acteur-chanteur incarne un flic maverick comme le très rock Yûsaku Matsuda dans La Preuve de l’homme (1977), mais l’univers glamour et urbain reste le même.


Je ne sais si certains yakuzas ont fait carrière dans la chanson mais cela est probable. Un au moins est devenu acteur et chanteur : Noboru Andô dont on peut admirer la belle gueule de crapule dans les films d’Hideo Gosha comme Les Loups (1971) et Le territoire du sang versé (1969).


Tirés à quatre épingle ou dévoilant des dos éclatants de fleurs tatouées, ces perdants-nés aux poings de fer et à l’œil de velours, aux lames brillants d’éclats assassins et sensuels, passaient la moitié de leur vie en prison. Devant le corps peint de Bunta Sugawara, on imagine le chant d’amour que Genet aurait pu leur dédier.